13 mars 2006

Les âmes perdues - Michael Collins

La nuit d'Halloween, le corps d'une petite fille de trois ans est retrouvé mort écrasé par un véhicule. L'officier Lawrence est chargé de cette enquête, auparavant dans la confidence du maire et du commissaire qui lui demandent d'agir avec des gants de velours. En effet, le principal suspect est Kyle Johnson, le joueur vedette de leur équipe de foot. Dans cette petite ville américaine, la perspective du championnat présente plus qu'une véritable aubaine, la vision en grand d'un lendemain meilleur pour l'économie et le moral des troupes. Lawrence décide donc de se fourvoyer dans cette affaire d'emblée délicate. Surtout que dans cette petite communauté, tout semble se savoir, malgré les avis affichés officiellement. Adopter un profil bas n'est pas du tout dans les cordes de Lawrence : au bord de la dépression, cet homme digère mal son divorce et sa séparation avec son garçon. Tout s'emmêle tragiquement et Lawrence est au coeur d'un embroglio d'âmes véritablement perdues !

Ce roman est noir et traduit un sentiment d'errance quasi désespérée. Les personnages sont tous corrompus et aveuglés par un pacte anonyme et qui les précipitera les uns après les autres. L'issue semble fatale et irrémédiable. Michael Collins embarque donc son lecteur avec un brio glaçant dans cette petite ville américaine, muette pour protéger ses héros mais délatrice par derrière. Ce n'est pas seulement un roman policier, cela va beaucoup plus loin et vers des profondeurs plus que noires. Terrifiantes, même ! Un roman hors pair, qui ne fait pas dans la dentelle. 335 pages

Existe en poche :


 

 Si vous aimez ce roman, alors vous aimerez "Carmen, Nevada" d'Alan Watt

08 mars 2006

Un été sans miel - Kathy Hepinstall

Alice, 12 ans, et son frère Dany, 14 ans, sont en grand danger. Une nuit, leur mère Meg leur ordonne de fuir. Que se passe-t-il dans cette famille recomposée ? D'abord, leur père est parti pour une autre femme. Puis Meg a rencontré Simon Jester, faussement mielleux et prêchant la parole de dieu. Alice s'en méfie, surtout son histoire de famille noyée dans le lac lui semble de plus en plus suspecte. Malgré tout, Meg épouse Simon, attend un enfant de lui et n'entend pas les appels de détresse de ses adolescents. Autour d'eux, tout semble mourir : les abeilles, le chien et même le passé de Simon. Personne n'écoute. Sauf peut-être une certaine Persely Snow, une adolescente enfermée dans un hôpital psychiatrique, condamnée d'avoir empoisonné ses parents. La fascination qu'elle exerce sur son frère Dany agace Alice et devient, selon elle, la source de tous leurs problèmes !

Après avoir dévoré L'enfant des illusions (autre roman plus récemment paru) de Kathy Hepinstall, j'ai ouvert Un été sans miel avec la même attente d'être surprise, bluffée et prise dans un tourbillon. C'est clair, ça marche du début à la fin. Le calvaire d'Alice et de Dany est vicieux, sous la coupe d'un sadique manipulateur, parfaitement orchestré et mis en scène ! J'ai tout ressenti dans ce que l'auteur souhaitait probablement nous entraîner : émotion, effroi, doute et horreur. C'est suffisant pour moi, j'attends d'une histoire qu'elle m'embarque. Celle d'Un été sans miel a su combiner des émotions différentes, j'ai tout lu d'une traite. Cette romancière texane a assurément un esprit malicieux à créer de tels romans ! Mais j'adore !

358 pages

Si vous aimez ce roman, vous aimerez La vie secrète des abeilles de Sue Monk Kidd.

01 mars 2006

Germaine Beaumont - Des maisons, des mystères

La Harpe Irlandaise

Médiocre entrée en matière, un peu longue aussi, avec la confrontation des caractères très distincts des deux actrices de "La Harpe Irlandaise" : Laura et Flore sont cousines par alliance, l'une veuve, émotive et rondouillarde, l'autre célibataire, exigeante et austère. Elles arrivent en voiture passer l'été dans la demeure de campagne de Laura, lorsque survient une panne d'essence. En attendant la réparation, Laura décide de cueillir dans un pré un bouquet de trèfles incarnat quand elle aperçoit le "fantôme" de son défunt mari Edmond. Il lui faudra du temps pour comprendre qu'il s'agit là d'un premier signe d'une longue série pour résoudre une "injustice" passée. Au cours d'une balade, Laura va aussi faire la découverte d'une maison abandonnée, autrefois splendide, qui est à vendre à un prix faramineux, malgré son délabrement. Laura et Flore n'étant jamais d'accord, notamment sur cette maison, elles décident de s'éloigner et mener leurs vacances chacune à sa façon. De son côté, Laura sombre dans une fumeuse mélancolie dont seul le désir de "savoir", suivant son instinct, lui permettra de gagner en autonomie et épanouissement.   

Basée sur le principe d'apparitions de fantômes et d'esprits frappeurs, l'histoire de "la harpe irlandaise" se dévoile comme une étonnante intrigue "policière" (mais sans policier ni cadavre) où l'ombre d'une maison abandonnée appelle vengeance et investigation. Publié en 1941, ce roman appartient au cycle "des maisons, des mystères" - deux sujets imbriqués selon Germaine Beaumont, passionnée. C'est un roman du début du siècle à travers sa mise en scène (les maisons d'été, la bonne société, les demoiselles de compagnie, des femmes seules, marquées par la vie, un rien excentriques...) mais rien n'est dépassé ni flétri. La façon d'introduire un sentiment de mystère, d'inquiétude et de doute est parfaitement maitrisée par l'auteur, voir carrément ingénieuse. Roman indémodable, en somme ! Où l'on privilégie l'action lente, mais tracassante... (300 pages)

Les Clefs
Ce roman publié en 1940 pour ouvrir le fameux cycle "des maisons, des mystères" est très honnêtement un exercice réussi haut la main par Germaine Beaumont dans un domaine assez nouveau pour l'époque, celui des romans à énigmes, mais sans meurtre, sans cadavre ni détective ou policier. Cela commence par la vente d'une maison qui appartient à la famille Clauvel depuis des générations. Une étrangère - Frédérique Marshall - arrive et l'achète rubis sur l'ongle. On spécule, on jase, on colporte.. ainsi va le vent dans les petites contrées où Frédérique espère y trouver une certaine paix. La famille Clauvel se pose aussi des questions, entre la vieille mère, veuve depuis dix ans, le fils Léon, marié à Célina, et la dernière fille, Agnès, perfide et aigrie dans l'âme. Mais chacun garde pour soi ses réflexions, entre eux tout n'est que persiflages et volonté de rabaisser le plus faible (comme la belle-soeur ou la jeune domestique, Marie).

C'est d'ailleurs la façon de glisser d'un caractère à l'autre qui m'a particulièrement plu : Germaine Beaumont fait ici montre de la grande influence sur son travail de la littérature anglaise qu'elle affectionnait (les soeurs Brontë, V. Woolf..). Elle crée ainsi un climat malsain et obscur, laissant deviner des secrets de famille et des passés mystérieux qui intriguent bien volontiers le lecteur ! Tout vient à point à qui sait attendre... Germaine Beaumont donne ainsi l'impression d'avoir brodé son roman avec dextérité, donnant libre cours à la jouissance d'épingler les vilenies des bourgeois (pingres, retors et sadiques) et la trop grande facilité aux colportages. J'ai beaucoup aimé, notamment les passages avec Agnès Clauvel, et j'avoue avoir plus apprécié l'ingénuité de la construction et de l'ambiance noire au détriment du dénouement ! De plus, en comparaison à La Harpe Irlandaise, la place de la maison dans Les Clefs prend un aspect moins focalisant, car ici la psychologie des personnages est primordiale et déterminante. Un roman grisant, malgré toute son opacité...

Agnès de rien

Dernier roman qui boucle le thème "des maisons, des mystères", "Agnès de Rien" a été publié en 1943 dans le même genre angoissant et occulte. Agnès débarque dans le domaine de son mari, sertie d'une mission spéciale : récupérer de l'argent en faisant pitié par son aspect naturel (blonde, fragile, frêle, maladive). Francis est un artiste désargenté, fâché avec les siens, en envoyant Agnès, en fait abusée dans l'affaire, il souhaite récupérer une part de son héritage. Aux Fonds de Laume, chez les Chaligny, derrière son aspect "maison datant des calèches et des jupes à pouf" , l'atmosphère est glauque et séculaire. Agnès est violemment accueillie par Carlo, taciturne et grognon, son beau-frère marié à Alix, cordiale et bienveillante, mais en façade uniquement. Agnès n'est pas dupe des fausses mièvreries, des traits forcés pour soulager son séjour, tout en voilant le fond du problème (la querelle de Francis avec sa famille, le refus de Mme de Chaligny de recevoir Agnès, le caractère sombre de Carlo, etc.).

"Agnès de Rien" est différent des premiers romans qui composent ce livre, tout en offrant également un côté opaque, étouffant et gothique, d'où l'on reconnaît la forte fréquentation des romans anglais (Dickens est d'ailleurs cité dans l'histoire). Il y a forcément quelques secrets de famille, des cadavres dans le placard... Mais il y a surtout une forte description d'une aura autour de ce lieu isolé qui imprègne ses êtres. Encore une fois, une famille bourgeoise passe sous la loupe contre une jeune héroïne seule au monde, vulnérable et impressionnable. J'ai de nouveau beaucoup aimé, y trouvant toute une ambivalence captivante, des personnages intrigants et servis par des dialogues pointus. Agnès est le genre d'héroïne qu'auraient affectionné les soeurs Brontë !... C'est à souhaiter que d'autres romans de Germaine Beaumont seront à nouveau republiés, c'était véritablement une maîtresse dans le genre "policier poétique et brumeux". A découvrir !

Lu par Tatiana sous son Fig Tree .

26 février 2006

L'enfant des illusions - Kathy Hepinstall

Evitez de lire les résumés - quatrièmes de couverture - etc ... !

Ce roman est passionnant ! Dès les premières pages, impossible de le lâcher jusqu'au dernier mot, au point final. La voix de la narratrice, Martha, nous entraîne dans sa fuite en avant. Elle part, elle quitte son mari qui la juge folle, elle s'en va avec leur fils de six ans, Duncan. Ils vont se réfugier dans une grotte, en plein désert, à plus de mille kilomètres. Pour fuir quelque chose ? Dans une tentative désespérée de vouloir sauver son enfant ? C'est seulement en toutes petites touches qu'on apprend qu'il s'est passé un événement tragique qui a provoqué ce déferlement, mais le principe d'en dire peu mais suffisament incite bien évidemment à vouloir découvrir la suite ! Procédé très réussi, en plus de cet amour maternel bouleversant, le roman de Kathy Hepinstall est à ranger dans les plus fascinantes réussites des intrigues à suspense psychologique ! Ou alors l'auteur possède un talent de romancière épatant ! J'étais scotchée, un peu désolée d'avoir fini déjà, mais j'ai halluciné sur la fin ! C'est à cela qu'on juge si un roman est réussi ou pas, dans le cas présent c'est un coup magistral !

190 pages - Paru aussi chez france loisirs sous le titre de Dors bien, mon petit prince avec cette couverture :

(humm... le titre est en chaispaskellelangue, mais la couverture est la même) Je crois qu'il avait été édité en "avant-première" chez france loisirs, puis publié chez L'Archipel sous le titre de "l'enfant des illusions"... Le titre original est : Prince of Lost Places.

13 février 2006

La méthode Stanislavski - Claire Legendre

Graziella Vaci est un jeune écrivain français, en résidence à la Villa Médicis à Rome. Fascinée par le criminel SAR, autrement dit "le tueur des trains", elle commence à élaborer un scénario inspiré de cette affaire, et qui finalement aboutira en pièce de théâtre, dont le projet enthousiasme le metteur en scène roumain, Vlad. De fil en aiguille, le réel et la fiction s'emmêlent, ne sachant plus déterminer leurs limites. Graziella va se trouver au coeur d'une soudaine enquête, soulevée par la mort de la jeune comédienne Serena.
Le roman, qui commençait sur les tribulations d'une romancière à Rome, parmi la cohue d'autres artistes, fondant ainsi un microcosme de créativité bouillonnante et très dilettante, s'échappe en un tour de chapitre en un roman policier, avec crime, suspects et enquêteurs à la ronde. Et la recette est efficace ! D'un vague intérêt, la lecture de "La méthode Stanislavski" dévie en une échappée belle ! Le personnage de Graziella est bougrement attachant, avec ses défauts (orgueil mal placé, égoïsme exacerbé, soif de reconnaissance, etc) et ses qualités (nature affable, généreuse et sensible, prise de doutes et d'angoisses légitimes). Son aventure romaine est une invitation au dépaysement et à une plongée dans le milieu littéraire et de l'art en général qui régale la lectrice lambda que je suis ! Une bien jolie découverte pour un roman sans prétention, mais très distrayant !

374 pages *** Conseillé par le Fig Tree de Tatiana ***

09 novembre 2005

Carmen Nevada - Alan Watt

Neil Garvin est un adolescent de dix-sept ans, champion de football dans l'équipe de l'école, qui possède toutes les qualités et tous les défauts d'un jeune de son âge. Sans scrupules, il bafoue toutes les règles, les sachant hors d'atteinte pour son statut de quaterback vedette. Mais lorsqu'un soir de beuverie trop arrosée, Neil renverse accidentellement un camarade sur la route et le tue, les choses vont très mal tourner. Pour lui, c'est la descente aux enfers, il planque le corps dans le coffre de la voiture de son père. C'est la nuit, il rentre chez lui, rentre le véhicule au garage et va se coucher. Il ne sait pas que son père, shérif de la petite ville de Carmen, près de Las Vegas, va camoufler le corps sans rien dire non plus. Entre le père et le fils, une étrange relation s'établit, déjà douloureuse depuis l'enfance. La mère de Neil est partie de la maison sans laisser d'adresse ni donner des nouvelles, le garçon avait juste trois ans. Fort marqué par cette absence et ce mystère, Neil n'en ressent pas moins du reproche pour son père, lequel ne parle jamais, préfère être violent et boire à en perdre la raison. Le rapport père/fils n'est pas tendre ni proche de la connivence. Pourtant, cette nuit tragique va rapprocher ces deux-là, même s'ils ne l'évoquent jamais, ne se risquant ni l'un ni l'autre à l'évoquer. Pour le père, Neil doit continuer le football, agir comme si rien ne s'était passé. Même lorsque le FBI intervient et rôde autour d'eux. Ils tiennent tête, même si l'adolescent devient de plus en plus fébrile.  Prêt à rompre le silence. Toutefois, dans cette intrigue, sa relation avec son père est vraiment au coeur de l'affaire, quasi déterminante. L'auteur a parfaitement réussi à nous mettre dans la peau de Neil, attentif à son histoire qu'il nous narre. L'atmosphère est pesante, pleine d'effroi et d'angoisse. Comme une cocote minute. La soupape va éclater, sûrement ou probablement ? Ce roman est captivant, de bout en bout. Impossible de le lâcher avant d'en connaître l'issue. Et jusqu'à la fin, l'auteur sait préserver son effet de surprise et d'étonnement. Un roman noir très réussi et implacable !  J'ai beaucoup apprécié.

246 pages

20 août 2005

Spirales - Tatiana de Rosnay

"Spirales", dernier né de l'auteur Tatiana de Rosnay, est une assurance à l'angoisse, au suspense et à l'escalade de l'horreur. Le roman commence par la fin: l'héroïne Hélène est seule dans sa cuisine avec un cadavre sur le carrelage. Comment en est-elle arrivée là? ce n'est pas imaginable.. Il faut tout raconter depuis le commencement.


Et ça commence par une simple rencontre, un jour d'été caniculaire. Hélène croise le chemin d'un homme qui lui propose de le suivre... Troublée, elle cédera à la tentation. Elle, Sainte Hélène, cinquante ans, mariée depuis trente ans, deux enfants, des petit-enfants, dévouée à la Paroisse, à la bibliothèque, femme et épouse modèle, rien à dire sur elle. Sauf ce jour-là, elle cède à cet appel de la chair, elle cède au plaisir mais hélas, l'homme succombe à une crise cardiaque. Paniquée, Hélène s'enfuit, persuadée de ne laisser aucune trace - si ce n'est son sac à main avec son agenda, son porte-feuille et tous ses papiers ! Convoquée au poste de police, Hélène avouera s'être fait voler et ne pas connaître cet homme mort. Or, Hélène entre dans la quatrième dimension...


Car c'est en succombant au charme d'un étranger qu'Hélène pénètre, sans s'en douter, dans une spirale de l'angoisse et de l'horreur. Quelqu'un a tout vu et ce quelqu'un va la faire chanter. Paralysée à l'idée de tout révéler à son mari et à ses proches, Hélène va s'enfermer dans un mensonge qui la conduit à de plus en plus catastrophiques aventures. Pauvre d'elle! Hélène Harbelin, la respectable, serviable et distinguée Hélène Harbelin... "Cinquante ans et une vie passée à se dévouer aux autres."


Dans son malheur, Hélène va se découvrir une autre personnalité. Liée à son image parfaite, elle s'aperçoit combien elle est seule, combien personne ne prend soin d'elle ou ne se soucie de ce qu'elle pense. Cette tragédie fait d'elle aussi une victime : Hélène est victime d'elle-même, de ce carcan imposé depuis des années avec son consentement.
L'histoire nous apprend davantage: l'escalade de l'impensable et de l'inimaginable happe le lecteur sous forme de courts chapitres qui se succèdent à un rythme affolant. L'ambiance est étouffante. L'angoisse latente. La spirale embarque l'héroïne et son lecteur dans ce train d'enfer... Entrez donc dans cette quatrième dimension. La chute finale est, une nouvelle fois, propre à l'auteur.  Bravo.

 

Plon, 201 pages