02 octobre 2006
Prenez soin du chien - JM Erre
Dans la rue de la Doulce-Belette, deux immeubles se toisent dans toute leur splendeur et décadence, avec à leur bord des locataires triés sur le volet par un propriétaire commun mais mystérieux. Seul l'agent immobilier, Monsieur Naudet, sert d'intermédiaire pour les visites, les réglements de compte et les réunions d'urgence. Car effectivement, dans ces deux immeubles, des drames en série vont surgir. Cela a commencé par un crime atroce, celui d'une locataire, mademoiselle Chiclet, assassinée chez elle par un pervers. Max Corneloup, auteur de romans-feuilletons, emménage dans l'appartement et prend très vite en grippe son voisin d'en face, Eugène Fluche, qu'il soupçonne d'épier tous ses faits et gestes. De l'autre côté, Eugène surprend également cet individu collé à ses fenêtres et qui passe son temps à l'espionner. Une guerre muette s'engage, les deux hommes consignent le tout dans leurs journaux intimes. Puis, le mystère du chien de madame Brichon retentit. Le fidèle Hector a disparu, sa maîtresse (et voisine de Max Corneloup) est convaincue qu'il a été zigouillé. La dame devient dingue. Roulement de tambours, d'autres délits vont survenir, des vengeances sourdes, basses et aveugles, jusqu'au gong final à paraître dans le "Paris Massacre" très prochainement...
Si cela n'a pas suffit pour vous convaincre de vous "jeter" sur ce livre, je ne saurai vous engager plus. Ce premier roman a la verve des franchouillards, des histoires impertinentes et amusantes qui manquent cruellement chez les auteurs débutants. Le roman est un doux mélange d'histoire policière, de moeurs de voisinage et d'une comédie de théâtre de bouvard. C'est franchement drôle ! JM Erre est ingénieux, non sérieux, intéressant et, pour tout cela, il mérite qu'on l'encourage et s'intéresse à cette galéjade mémorable ! Jusqu'au bout, on s'étonne et bravo l'artiste !
Buchet Chastel
- Ici, Laurence en avait parlé avec sa perspicacité habituelle !
14:50 Publié dans Premier roman, Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
01 octobre 2006
Première suée de sel - Catherine Dana
Gabrielle et Sekou sont un couple mixte, elle est blanche et juive, il est noir et musulman. Ils se rencontrent chez des amis, il est séduit par sa beauté, elle est troublée par son adoration. Ils vont coucher ensemble, avouer à leur entourage leur liaison, puis se justifier de s'aimer par A + B. Il y a trop de différences chez eux : raciales, culturelles, religieuses. Pourtant, Gabrielle et Sekou prévoient de se marier, mais avant Sekou doit rentrer au pays. Là-bas, il change, devient plus incertain et distant. La pression des siens semble plus forte et influente sur l'avenir du couple.
Blablabla. En fait je n'ai pas beaucoup aimé cette histoire, dans laquelle on devine d'emblée qu'elle n'apportera rien, qu'elle va se solder sur un échec. Ce n'est pas forcément cette amertume qui plombe mon opinion, mais j'ai franchement eu le sentiment de perdre mon temps, et de ne pas accrocher au roman. Je n'ai pas non plus été sensible aux personnages, les trouvant un peu froids. Je n'ai pas été embarquée par leur histoire d'amour, dommage. Cependant, ce jugement n'engage que moi et d'autres lecteurs pourront au contraire apprécier ce qui est décrit comme "un exemple de l'universalité de l'amour".
Fayard
21:15 Publié dans RENTREE LITTERAIRE 2006, Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25 septembre 2006
La maison Tudaure - Caroline Sers
L'adjudant Marty et son subordonné Maillet débarquent dans le café d'un village reclus. Dans la forêt, on vient de trouver trois sacs abandonnés et qui contiennent des corps de nouveaux-nés. L'affaire suscite un vif émoi, ressuscitant un spectre vieux de cinquante ans, quand des mystères similaires semblaient avoir frappé de plein fouet les habitants de ce coin perdu. A l'époque, impossible de découvrir le coupable, le village avait fait bloc et s'était enfermé dans son silence. Aujourd'hui, la police affronte à nouveau ces villageois, hâtivement décrits comme des sauvages dans la presse, mais l'adjudant Marty veut en découdre à tout prix, il fera cracher le morceau ou sinon rien.
Les personnages principaux sont tous mystérieux, il y a Claude, un garçon solitaire qui ne se rend plus à l'école, c'est le fils du vétérinaire Simon Vermillon. Celui-ci est marié à Camille, la fille du rempailleur, personnalité de haute estime dans la mémoire de tous ces gens. Ils sont tous murés dans leurs silences et leurs secrets : le cafetier, le boulanger, le grand-père Dupuis et les gamins... Certains ont été blessés d'avoir été montrés du doigt et jetés à la vindicte populaire, sans possibilité de se défendre. La nouvelle génération, elle, tient à porter le flambeau et veut se faire respecter. Mais quand la machine infernale s'emballe, c'est très difficile de chercher à maintenir les rênes.
La figure de "La Maison Tudaure" est la clef de toutes les énigmes. C'est une présence ombrageuse, une maison abandonnée et qu'on dit maudite, à l'image du village. C'est une maison que tous condamnent mais qu'ils refusent de céder.
A l'occasion de son deuxième roman, Caroline Sers a décidé d'employer le genre du roman noir et policier. En quelques touches incisives, elle crée une atmosphère opaque, impénétrable d'un petit village écarté avec ses habitants tout aussi intrigants. Derrière ce climat de suspicion générale, Caroline Sers a aussi souligné la délicate délation de la presse, impuissante à percer des remparts, et qui préfère frapper dans le tas plutôt que s'avouer vaincue. Parce qu'ils vivent à leur mode, ces villageois sont déconsidérés de toute condition humaine et étiquetés comme des primates incultes et non civilisés. C'est flippant. Peut-on leur reprocher, ensuite, de s'unir en se taisant, au risque d'attiser les flammes de défiance ? "La maison Tudaure" est un roman réussi, dans sa peinture des âmes humaines (tiens, cela se rapproche du livre de Philippe Claudel, "Les âmes grises") et dans son intrigue sombre et angoissante. Le fin de l'histoire, d'ailleurs, est plutôt cocasse et insoupçonnable !
Buchet Chastel
16:20 Publié dans RENTREE LITTERAIRE 2006, Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
23 septembre 2006
Valdingue - Natalie Carter
Un môme de 13 ans met le feu dans la maison de son grand-père et prend aussitôt la fuite, abandonnant le corps calciné de celui qui l'avait élevé depuis la mort de sa mère, noyée peu après sa naissance. Dit-il, car Antonin vient de recevoir une lettre d'Amérique qui a complètement chamboulé le garçon. Il pète les plombs et part le plus loin possible. Sur son chemin, il croise une femme qui l'appelle Alexandre, elle l'héberge dans une maison sur la plage, près de l'océan. Cette femme, Eve Beauchamps, porte un imperméable beige et n'a plus le goût à vivre non plus. Elle est également en fuite, le souvenir de son garçon semblant la rattraper plus vite qu'elle ne le pensait. Car survient le type, Jean, qui épie ce couple étrange et adresse ses rapports à une fille, qu'il décide de larguer sur un coup de tête, trop las, dit-il, d'être « un coucou velléitaire, élégamment désespéré, dont le principal talent consiste à dégotter des nids douillets où il peut bichonner avec complaisance son incapacité d'écrire » !
Drame en quatre actes, ainsi se résume « Valdingue », premier roman de Natalie Carter, scénariste pour le cinéma et la télévision. On lui doit, par conséquence, une manie pointilleuse à détailler en séquences hachées les scènes de son histoire, qui s'étoffe au fil des pages, suivant l'avancée du roman, qui dévoile page après page son intrigue et les dessous cachés du pourquoi le môme a-t-il tout brûlé, que disait sa lettre d'Amérique, que fuit Eve Beauchamps, qu'espère Jean et que sait vraiment la fille, à la fin de ce témoignage ? Le môme, le type et la fille sont les principaux pôles du roman, autour desquels va s'écrire « Valdingue ». C'est à la fois prenant, pesant et étouffant. Le môme, en ce qui concerne son chapitre, est un gamin violent et détestable, le lecteur devra surmonter son antipathie pour poursuivre sa lecture. Car « Valdingue » est un roman qui mérite le coup d'oeil, pas très long à lire, seulement 140 pages, et une histoire à la fois violente et tragique.
Robert Laffont
A consulter : les premiers romans de Robert Laffont
18:48 Publié dans Premier roman, RENTREE LITTERAIRE 2006, Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
21 septembre 2006
Bouchère - Catherine Soullard
La narratrice a ouvert sa boucherie dans un quartier de Paris et savoure son indépendance et son petit marché fructueux. C'est une nouvelle vie pour elle, après une séparation et un travail dans la critique de cinéma où elle tournait en rond. Désormais, être bouchère l'épanouit : jouer à la marchande, planquée derrière son comptoir, à l'abri dans sa boutique, à observer la rue et son activité. Cette narratrice sans nom est secondée par un jeune apprenti, Patrice, avec lequel elle se sent tantôt patronne, tantôt maman, bref sèche et protectrice. Elle attend beaucoup de lui et leur relation est très privée et exclusive. Et puis, un jour de pluie, Myriam fait son entrée à la Mary Poppins : "un chapeau mou enfoncé jusqu'aux oreilles dégoulinant de tous ses bords, les mains dans les poches d'un manteau rose thé qui ressemblait à un buvard imbibé, un paquet de linge blanc étincelant sous le bras". Cette femme de 54 ans vient travailler à la boucherie, elle s'immisce comme une anguille entre le couple et ne pipe jamais un pot. Sa présence est silencieuse, obstinée, envahissante et révélatrice d'un drame annoncé.
En bonne élève appliquée, Catherine Soullard a su restituer à merveille l'ambiance de la boucherie, du découpage de la viande, de l'abattoir dans ses plus scrupuleux détails. Mais travail trop consciencieux, oserai-je dire. S'il est vrai que le caractère de la bouchère est justement carré, fonctionnel et intransigeant, la façon de décrire son environnement y fait référence admirablement. Mais d'un autre côté, on s'ennuit un peu. Quelques passages sont trop longs, ou bien on attend qu'un coup de théâtre retentisse. Ou se fasse attendre. Les quelques pages avant la fin font figure d'un maigre espoir de sursaut, mais le résultat est tout juste acceptable. "Bouchère" est le deuxième roman de Catherine Soullard, après "Palmito d'Evian".
Calamnn Levy
15:54 Publié dans RENTREE LITTERAIRE 2006, Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
19 septembre 2006
Rhésus - Héléna Marienské
Dans un Manoir proche de Paris, à Vigny-sur-Seine, une bande du 3ème âge a décidé de prendre sa revanche et de monter une armée de résistance contre la société, le gouvernement et la République. Il y a, à son bord, Raphaëlle, une bourgeoise abandonnée par son tyran de fille, Céleste, un écrivain qui a longtemps abandonné sa plume contre les jeux vidéo et les films porno, et Hector, qui débarque dans son smoking blanc et ses millions gagnés au loto. Ils sont encore quelques-autres à constituer la bande du Manoir, mais ces trois personnages sont les plus importants. C'est à leur manière qu'on suit l'histoire, par leurs témoignages respectifs, et qui ne manquent jamais de piquant. La vision « des choses » prend page après page une tournure complètement différente, elle s'éclaire, s'illumine et provoque de grands éclats de rire, en plus d'une envie (mitigée) de faire la grimace.
Mais qu'arrive-t-il à ces pépés et mémés qui, brusquement, se redécouvrent des envies de sexe, pur et dur. Pas de l'amour, du sentiment, de la tendresse et une compagnie pour soulager les vieux jours, oh non ! Ces trublions lèvent les pattes, s'envoient en l'air et se moquent éperdument des gros titres dans les journaux. La France se gausse, le pays jase, les gens s'offusquent, mais le public en redemande. Car cette petite bande (bafouée, mal traitée, menacée et privée de nourriture) a un chef de fil hors du commun, il s'agit de Rhésus, un petit singe extraordinaire et qui réveille chez ce club du 3ème âge des envies de renouveau, de « recommencement ». C'est aussi lui qui aidera les résidents du Manoir à tenir les barricades, à faire front contre l'incursion de l'extérieur, pour des raisons déjà nommées plus haut.
Avec « Rhésus », Héléna Marienské parvient à bousculer les esprits frileux de la rentrée. Son premier roman est époustouflant, prometteur d'une franchise et d'un culot fédérateurs. Qu'on se régale dans cette histoire ! Car on en voit de toutes les couleurs, ça y va dare-dare dans la frénésie sexuelle,on ne fait pas dans la dentelle et on enlève ses gants de soie en évitant les discours mielleux et lisses sur les personnes âgées. On brise les carcans, les idées « pudibondes », ça vole en éclats ! Quel exploit : sur un sujet aussi casse-pipe, la pente était dangereusement glissante mais Héléna Marienské a su éviter les pièges et s'en tire avec dextérité. La fin apporte une note une peu moins truculente par rapport aux 3/4 du roman, et c'est juste un peu dommage mais cela n'enlève pas l'impression de jouissance ressentie depuis le début. Pour en prendre plein les mirettes, je vous conseille honnêtement d'ouvrir ce livre ! De plus, j'ai oublié de préciser que c'est très drôle !
POL
10:16 Publié dans Premier roman, RENTREE LITTERAIRE 2006, Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
17 septembre 2006
Avec ses moustaches - Thomas Paris
Marc et Jeanfrançois fêtent leurs retrouvailles dans un café. Ils se sont connus sur les bancs de l'université, Jeanfrançois (volonté absolue de sa mère de ne pas donner de prénom composé!) a séduit son camarade avec ses idées de jeune révolutionnaire, en lutte contre l'oppression de la société capitaliste. Quinze ans ont passé et les deux amis débordent à nouveau de projets contre les Morlocks, une souche d'opportunistes bien définie, les privilégiés, et qui horripile Jeanfrançois. Son chef de file, à ses yeux, est le pdg de Canal France : Hubert Lefur. Il faut l'anéantir, le kidnapper... lui raser sa moustache !
Car cet Hubert Lefur, finalement modeste et bonasse, est pourvu de belles moustaches à l'ancienne, "qui se déployaient avec discipline sous son nez fort, décollaient dans un début de looping et se désintégraient pour éviter une collision fracassante". Sa marque de fabrique, sa signature. Et quoi de plus vengeur que de s'en emparer, couic, d'un coup de ciseaux ?!
Ainsi s'en vont trois compères (un certain Erwan va s'allier à cette vendetta contre l'oppresseur) dans une aventure ubuesque. On les prendrait pour des hussards, et Thomas Paris lui-même se porte en héritier de cette fougue intempestive. Il manie la plume avec panache, il envoie dans les roses tout semblant de gravité et sérieux. Comme il a su le prouver dans son premier roman ("Pissenlits et petits oignons"), Thomas Paris passe le cap du deuxième roman avec brio. Il tord le cou aux amourettes, aux révolutionnaires, aux dirigeants, aux bourgeoises, aux amants, aux étudiants, aux lympathiques, etc... Mais par contre, il rend hommage à LA figure de la Chrétienne, "au seul sens du terme", c'est-à-dire la grand-mère (d'Erwan), qui mérite sa place dans ce roman, et dans tous les romans d'ailleurs. C'est là toute la fantaisie de l'écrivain, son hommage, son adoration. Pour vous convaincre d'ouvrir son roman, n'attendez plus de le lire !
Buchet Chastel
00:36 Publié dans RENTREE LITTERAIRE 2006, Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
16 septembre 2006
Ce que je sais d'elle - Béatrice Hammer
Une femme a disparu, laissant derrière elle un mari et deux enfants. "Un enquêteur" interroge la famille, les amis, les collègues et les gens du quartier, ceux qui ont côtoyé cette mystérieuse femme. Car à la lecture des différents témoignages, on s'aperçoit que celle-ci n'était pas tout à fait la même : secrète, certes, mais pour certains, destructice et croqueuse d'hommes, pour d'autres, artiste utopiste, excellente professeur de maths, introvertie mais rancunière, une mère, une femme, une épouse lassée par son quotidien, qui a pris les voiles. On pense qu'elle est morte, qu'elle a été enlevée, qu'elle s'est enfuie avec un amant, qu'elle a changé de vie... Chacun tente d'apporter une solution, ou sa propre explication pour rejeter le sentiment de culpabilité, pour refuser de voir et de comprendre pourquoi cette femme s'en est allée sans mot dire. A la fin du livre, il n'est vraiment pas possible d'apporter un portrait défini de cette femme : elle est tout et rien à la fois. Ses traits sont flous, son caractère fuyant... peut-être n'a-t-elle jamais existé ? Il est possible de créer l'image fantasmée d'une personne, il est plus difficile de cerner la vérité. Ce livre de Béatrice Hammer démontre que toute personnalité est nuancée, qu'elle est le fruit de l'imagination des gens qui nous entoure. D'un autre côté, ce livre m'a rappelé celui d'Emilie Frèche, "Une femme normale". "Ce que je sais d'elle" de Béatrice Hammer a l'infime avantage d'avoir une conclusion délirante et ouverte aux plus folles spéculations !
Arlea
10:42 Publié dans RENTREE LITTERAIRE 2006, Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
15 septembre 2006
Celui d'en face - Gabrielle Ciam
Je suis une femme seule, j'ai quarante ans, je vis confortablement dans un appartement au coeur de Paris. Et j'en ai fini avec le sexe, pour de bon. C'est la parole de la narratrice, qui s'adresse à un homme, inconnu du lecteur. Elle lui raconte son expérience excitante d'avoir flirté avec son voisin d'en face, cet inconnu qui a introduit son intimité, sans jamais se dévoiler. Un jour, elle est apparue nue dans le salon et elle a bien senti qu'on l'observait, en face. Troublée, elle a eu le besoin de "se donner" à cet anonyme qui a su émoustiller son désir. Elle croyait en avoir fini, c'est tout autre chose qui commence : l'apprentissage du désir, les sens en éveil, l'attente du regard, le besoin de se livrer à l'inconnu. Il est "celui d'en face", celui qui compte pour elle, "ce que je voulais, c'est qu'il me regarde, qu'il pose les yeux sur moi, de loin, à l'affût, et qu'il me voie m'offrir".
Le jeu qu'elle joue est celui du chat et de la souris. Un homme et une femme se guettent, s'épient et se contemplent. Les préliminaires ont été absous, il y a une volonté explicite dans l'art d'être désiré, c'est cru dans les gestes, mais élégant dans les paroles. Car Gabrielle Ciam a renoué avec l'érotisme, comme dans son premier roman "Le train de 5h50", où il était question aussi d'observation et de fantasmes fous. "Celui d'en face" n'est pas obscène, et la narratrice parvient à attiser sa flamme par sa confession à son interlocuteur inconnu. La fin est charmante, on attend quelle suite l'affaire a donnée !... Ce 3ème roman de Gabrielle Ciam est capiteux, impudique, affriolant... enfin bref, ce sont les femmes qui en parlent le mieux ! Lisez-le !
Arléa
11:41 Publié dans Erotisme, RENTREE LITTERAIRE 2006, Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
14 septembre 2006
Loin de soi - Anita Brookner
Londres, fin des années 70. Emma quitte sa mère avec laquelle elle vivait seule depuis la mort de son père. Elle part étudier à Paris l'art des jardins. En France, elle croit rencontrer son alter-ego en la personne de Françoise, jeune femme volubile qui travaille à la bibliothèque, et qui vit également seule avec sa mère veuve. Françoise est, cependant, plus extravertie et délurée, elle noue des contacts et des liaisons amoureuses. Emma a fait la connaissance de Michael, jeune écrivain qui réside dans la capitale française, et une relation amicale prend naissance.
Le temps passant, Emma est rappelée à la cruelle loi des séries noires en apprenant le décès de sa mère. Son existence oisive trouve son terme, et les rapports avec son amie Françoise vont lentement atteindre leur croisement de direction. La mère de Françoise a le projet de marier sa fille à un riche fiston d'une aimable fréquentation, un peu contre le principe de Françoise qui cherchera longtemps à louvoyer. Mais l'amour filial et la dévotion d'une fille pour sa mère pèseront finalement plus lourds dans la balance.
Il faut suivre son instinct : ce nouveau roman d'Anita Brookner, auteur prolixe parmi les romancières anglaises contemporaines, m'a incroyablement semblé caduc et fané. Comble de tout : le charme a été inopérant ! C'est difficile de cerner pourquoi la petite musique n'a pas été entraînante, pourquoi le charme anglais n'a pas opéré. J'y ai certainement détecté trop de sentimentalisme, trop de langueur dans les personnages comme celui d'Emma, beaucoup trop de convention à respecter, dans le style et dans le fond. Il me manque le piquant, l'audace franche et l'humour, ah ! cette pointe pince-sans-rire qui caractère l'écriture anglaise !.. Ah non honnêtement, Mrs Brookner a été bien trop guindée. Pas touchée, moi.
Fayard
11:40 Publié dans RENTREE LITTERAIRE 2006, Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note