20 septembre 2006
La fille du Cannibale - Rosa Montero
L'histoire folle de Lucia commence dans un aéroport, à la veille d'un embarquement pour Vienne, afin d'y fêter la nouvelle année. Lucia et Ramon sont mariés depuis dix ans, la flamme est éteinte depuis un bail, et c'est d'un regard goguenard et agacé qu'elle suit son mari aller aux toilettes quelques minutes avant l'appel. Or, les minutes passent et Ramon ne revient pas. En clair : il a disparu ! Paniquée, proche de la démence, n'y comprenant plus rien, Lucia va apprendre que son époux a été kidnappé par un mouvement indépendant, qui réclame une forte somme d'argent en échange de sa libération. La police est impuissante, Lucia prend en charge d'aller sur le terrain pour débusquer la vérité, mettre la main sur Ramon et se sortir de ce cauchemar. Elle sera secondée par son voisin Felix Roble, un vieillard de 80 ans, ancien pistolero, anarchiste révolutionnaire et torero, et aussi par Adrian, jeune homme de 21 ans, paumé, mystérieux mais incroyablement séduisant. Lucia a le coeur qui s'emballe, la tête fiévreuse et les sens en alerte. En s'embarquant dans cette quête, cette femme de quarante ans n'imaginait pas qu'elle allait parcourir un long, douloureux et irréversible chemin.
Lucia va croiser de vilains truands, négocier une rançon bien mal acquise, jouer un rôle auprès de la police, prétendre être ce qu'elle n'est pas. Mais ses compagnons sont de fidèles acolytes qui vont la guider et l'aider à garder la tête hors de l'eau, que ce soit par la confession des souvenirs de Felix, autrement dit Fortuna, ou par la séduction dangereuse d'Adrian. Dans le fond, ce kidnapping va permettre à Lucia de se dévoiler la face, de fouiller sa mémoire pour sortir de l'enfance et des images de ses parents. « La fille du Cannibale » est un titre qui fait peur, mais le cannibale en question n'est qu'un acteur de second plan. Son anthropophagie est plus exactement une voracité autrement inquiétante : il dévore ses femmes d'un amour totalitaire, il les mange à petits feux, de sorte qu'elles lui sont acquises, dévouées, bafouées. Mais le Père-Cannibale est, au contraire, un homme différent du souvenir que Lucia a conservé. En voulant retrouver Ramon, Lucia va en fin de compte se trouver elle-même, dans le dédale de ses perditions, de sa crise de la quarantaine, dans le souci de ne plus plaire, de vieillir, de perdre la beauté, d'échapper au temps qui passe.
« La fille du Cannibale » est en somme un roman formidable, à la fois initiatique, policier, drôle et pertinent. Son personnage de Lucia Romero, écrivain de contes pour enfants, est un drôle de bout de femme, attachante et lucide, accrochée à des illusions, des faux-semblants. Son histoire est captivante, palpitante, parfois angoissante. L'auteur Rosa Montero est habile dans son intrigue, dans le portrait de ses personnages et dans la véracité de décrire l'époque cahotique de l'Espagne du 20ème siècle, et le monde taurin. En un mot : adrénaline assurée !
Métailié
11:06 Publié dans Rentrée Janvier 2006 , Roman étranger | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
19 mars 2006
A ta place - Karine Reysset
Cécile a quelques kilos en trop, un boulot pas formidable, une vie tranquille, sans remous, qu'un coup de fil va remettre en question. Un docteur cherche à la rencontrer car une certaine Chloé a son nom griffonné sur un papier, trouvé dans sa poche. Passé le premier choc d'entendre à nouveau parler de son ancienne meilleure amie, plus vue depuis treize ans, Cécile se ressaisit et va à sa rencontre. Un nouveau choc l'attend : Chloé n'est plus la même. Dans un état catatonique, enfermée dans un hôpital psychiatrique, muette et toujours plus mystérieuse, Chloé ne livre pas la clé de ses secrets. Pour comprendre Chloé, Cécile se rappelle leurs années d'amitié durant leur adolescence. Passion brumeuse et comportement effronté, l'attachement des deux jeunes filles flirtait aussi avec un rapport étrangement intime et ambigu. Puis, plus rien. Chloé s'est évaporée. L'émotion de la retrouver submerge Cécile. A elle aujourd'hui de redessiner les contours de son amie. De lui rendre la parole, la féminité, et de la conduire vers son chemin. Même si, en passant, Cécile se glisse un peu trop à la place de Chloé...
Ecrite de manière profonde et sur un ton personnel, l'histoire du nouveau roman de Karine Reysset demeure un chuchotement pudique, très sensible. C'est un récit bouleversé par le temps et les aléas de la vie, renversé par le déferlement des souvenirs, des envies et des manques. Cécile est une jeune femme qui manque cruellement de "tout" dans sa vie, depuis longtemps. Chloé, de son côté, est une figure révolutionnaire, résolue et impérieuse. Le jour et la nuit. Quand les rôles s'inversent, Cécile saisit sa chance, au risque de courir à sa perte. Et sa course à bout de souffle, dans quel but ? Se substituer à l'autre, pas seulement. Avoir des reproches silencieux ? Car "à ta place", Cécile aurait fait d'autres choses, aurait empoigné sa chance. Mais encore !.. Il y a tellement de "si" dans une vie, tellement de "voudrais bien". Le destin de Cécile et Chloé, si emmêlé depuis des années, est cruellement empoisonné, enchaîné et désespéré. L'une des deux va perdre, souffrir. Immanquablement. On cherche à y croire, à sauver la face, mais...
Ce troisième roman de Karine Reysset est à la fois différent des autres, plus ambitieux. Toutefois son écriture est terriblement la même : douceur, cocooning, éveil des sens, appel des odeurs, du goût et des larmes, salées. Un roman écrit comme sur des coquilles d'oeufs, à lire comme tel !
172 pages
A lire : En douce
22:55 Publié dans Rentrée Janvier 2006 , Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
15 février 2006
Je vais de mieux en mieux - Marie Dominique Lelièvre
Gabrielle et Pierre forment un couple parfait : ils sont beaux, ils ont une adolescente de quatorze ans, Inès, qui leur renvoient cette image de perfection, ils viennent de construire à Spero une splendide résidence qui figure dans un magazine de décoration, et Pierre est l'un des meilleurs architectes de sa génération... C'est le rêve éveillé, la vie idyllique. En façade. Car derrière cette paroi de verre, Gabrielle souffre de l'indifférence de son époux, Pierre est distant, et Inès est une jeune fille kamikaze qui n'en fait qu'à sa tête.En fait, ce roman de Marie Dominique Lelièvre relate une chronique de la vie ordinaire, d'un couple marié à qui tout semble sourire, et pourtant aveuglé par leurs désirs de paraître. Les conflits soulevés par l'éducation de leur fille éloignent davantage le couple, mais servent aussi de prétextes à des ressentiments plus latents, enfouis et refoulés. Pierre aime la rêverie amoureuse mais refuse l'amour vécu, Gabrielle a également peur (de l'abandon, d'être aimée et de grandir) et compense sa frustration dans des crises, ou des sursauts d'agressivité. Leur relation est complexe et souffre de non-communication. En somme, ce roman se fait l'étalage du mal moderne et actuel !... Au début, j'avoue avoir été fatalement fascinée, surtout par l'ambiance caniculaire de Spero et dans la grande maison blanche, isolée et silencieuse. Puis, je suis tombée de mon nuage, retrouvant les sempiternels litiges entre l'homme et la femme, notamment dans l'incapacité masculine d'éléver une enfant (adolescente, de surcroit) ou à travers cette perversion narcissique dans laquelle se drape Pierre. J'ai ressenti de l'intérêt, du malaise, de l'agacement. Solidaire ou dégoutée, j'avais envie que les choses évoluent, bougent plus vite. Mais j'ai franchement bien aimé ce roman qui décrit avec justesse les sentiments d'égarement et d'impuissance dans le couple, au gré du temps qui passe.
200 pages, Flammarion.
13:09 Publié dans Rentrée Janvier 2006 , Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
14 février 2006
Le sablier - Sofia Guellaty
C'est l'histoire d'une jeune femme qui vit seule dans l'appartement de sa grand-mère (partie pour "un long voyage"). Tous les soirs, elle porte ses plus belles toilettes et ses escarpins et se rend au café Le Sablier pour y suivre un écrivain qui passe lui aussi son temps à se promener seul dans la rue. Fascinée, la jeune femme souhaiterait l'aborder, lui parler. L'homme demeure silencieux mais laisse des petits billets.
Au départ j'ai eu très peur de lire un premier roman délayé et proche du verbiage. L'héroïne de cette histoire est une jeune femme à qui il n'arrive rien, dont l'existence est vide. Elle se contente d'errer, de remplir ses journée à buller. Sortir, marcher, rêver sont ses trois principales mères nourricières. Et puis, je ne sais pas comment l'expliquer, ni à quel moment j'ai ressenti un changement. La petite mélodie de ce très court roman est insidieuse, presque ronronnante. Il s'agit d'un premier roman d'une jeune inconnue, originaire de Tunisie. Elle a su échapper aux pièges - effets de style ronflants, faire du sensationnel, mêler le fantasme... Ce roman se lit très vite, à peine 100 pages, et possède un charme frais et candide, très plaisant à découvrir !
Joelle Losfeld, 103 pages *** Bonne presse : La vie somnambule... & L'impossible rencontre... & Anecdotes, revue de presse, morceaux choisis.. ici ! ***
22:29 Publié dans Premier roman , Rentrée Janvier 2006 , Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
13 février 2006
La méthode Stanislavski - Claire Legendre

Graziella Vaci est un jeune écrivain français, en résidence à la Villa Médicis à Rome. Fascinée par le criminel SAR, autrement dit "le tueur des trains", elle commence à élaborer un scénario inspiré de cette affaire, et qui finalement aboutira en pièce de théâtre, dont le projet enthousiasme le metteur en scène roumain, Vlad. De fil en aiguille, le réel et la fiction s'emmêlent, ne sachant plus déterminer leurs limites. Graziella va se trouver au coeur d'une soudaine enquête, soulevée par la mort de la jeune comédienne Serena.
Le roman, qui commençait sur les tribulations d'une romancière à Rome, parmi la cohue d'autres artistes, fondant ainsi un microcosme de créativité bouillonnante et très dilettante, s'échappe en un tour de chapitre en un roman policier, avec crime, suspects et enquêteurs à la ronde. Et la recette est efficace ! D'un vague intérêt, la lecture de "La méthode Stanislavski" dévie en une échappée belle ! Le personnage de Graziella est bougrement attachant, avec ses défauts (orgueil mal placé, égoïsme exacerbé, soif de reconnaissance, etc) et ses qualités (nature affable, généreuse et sensible, prise de doutes et d'angoisses légitimes). Son aventure romaine est une invitation au dépaysement et à une plongée dans le milieu littéraire et de l'art en général qui régale la lectrice lambda que je suis ! Une bien jolie découverte pour un roman sans prétention, mais très distrayant !
374 pages *** Conseillé par le Fig Tree de Tatiana ***
15:20 Publié dans Rentrée Janvier 2006 , Roman francophone , Suspense - Thriller - Policier | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
08 février 2006
Dans l'or du temps - Claudie Gallay
Claudie Gallay me surprend avec son nouveau roman, c'est décidément un écrivain qui ne se trouve jamais là où on pourrait l'attendre. "Dans l'or du temps" est un roman déconcertant, déboussolant. C'est l'histoire d'une famille qui passe ses vacances d'été sur la côte normande. Tranquillement. Un jour l'homme fait la rencontre d'une vieille dame, Alice, qui habite une belle et grande maison non loin de chez eux. Mystérieuse mais intriguante, Alice accueille les allers et venues de celui-ci sans broncher. Parfois sèchement, parfois dans le silence, mais toujours avec courtoisie. Une passion va les unir, celle de la culture des indiens Hopi. Car dans les années 40, Alice et son père ont parcouru le désert d'Arizona et fait l'acquisition de bien étranges masques et statuettes. Elle lui raconte toute cette histoire, aussi celle d'André Breton, également réfugié aux Etats-Unis à la même époque.
Comment un roman donne le sentiment de fausser ses pistes ?... En lisant celui-ci, c'est tout comme ! Je me suis sentie plusieurs fois égarée, embarquée chez les indiens ou chez Breton, aux côtés d'Alice ou du narrateur. Ce dernier met sa famille en naufrage, malgré leurs tentatives de "faire comme si". Ces vacances ont le goût salé des larmes, de la vieillesse et de l'idée de la mort. C'est très différent de "Seule Venise", son précédent roman, même si l'idée de perdition demeure commune. "Dans l'or du temps" est une expression d'André Breton, mais dans le contexte du narrateur, d'Alice et d'Anna et leurs deux filles cela paraît surréaliste et décalé. Je suis séduite par le style de l'écrivain, je lirai d'autres romans, mais ce dernier est ... insaisissable. Avec quelques passages en longueur. A lire, dans le doute.
320 pages *** A lire sur EVENE quelques pages et avis... ***
12:35 Publié dans Rentrée Janvier 2006 , Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
06 février 2006
Hira Mandi - Claudine Le Tourneur d'Ison
"Hira Mandi" est un quartier de la ville de Lahore, au Pakistan. C'est aussi une version romancée de la vie du peintre Chanwaz qui a grandi entre les murs de cette cité, dite "Le Marché aux Diamants", là où les femmes dansent et chantent, parées de leurs plus beaux atours, pour attirer les hommes entre leurs bras, contre quelques roupies... La mère de Chanwaz fait partie de ces "courtisanes", l'une des plus grandes traditions familiales. Elle a vingt ans, elle est belle et attend bientôt son deuxième enfant, une fille. A son tour, Laila va devenir une "courtisane", dès l'âge de onze ans, lors d'une cérémonie de parade, dans sa robe rouge et l'anneau au nez, symbôle de sa virginité... Bref, Chanwaz grandit parmi des femmes, mais livré à lui-même. Il ne va pas à l'école, ne sait ni lire, ni écrire. Il traîne avec un camarade, touche à la drogue, tente d'aller hors de la ville, mais revient dans son quartier, son antre. Il végète, comme tant d'autres, sans argent. Puis c'est l'amour fou, pour Laila, sa soeur ! Une liaison charnelle, brûlante et envoûtante...
Et j'en passe, car bien des évènements vont suivre ! Ce roman "Hira Mandi" est une fresque haute en couleurs, intense et captivante. Elle trace également l'histoire politique du Pakistan, depuis la Partition de l'Inde en 1947. Le tout sur un fond romanesque, un peu à l'image des sagas de Régine Deforges. Claudine Le Tourneur d'Ison s'est attachée à la figure de Chanwaz dont les talents de peintre vont permettre d'afficher une autre vérité de son pays - "révéler la misère de son quartier et de ces femmes mises au ban de la société". Cet homme a poussé tout seul, sur ses ruines et ses souffrances. Son parcours est étonnant, même si je dois avouer avoir éprouvé quelque aversion pour certains détails (son amour pour sa soeur, notamment). En fait, j'ai justement apprécié la totale transparence du roman, comme de parler de la prostitution, qui était un sujet que je pensais inexistant dans un pays musulman. Les coutumes de ces femmes, revendiquées telles des règles ancestrales, ne me laissent pas indifférente, comme de préparer sa fille à la séduction dès son plus jeune âge et lui offrir une cérémonie à peine pubère ! Mais c'est intéressant, je me suis "enrichie" au cours de cette lecture que j'ai lu d'une traite. L'ambiance y est très chaude et sensuelle, quasi exigeante, exaltante mais cruelle aussi. Les sorts des uns et des autres sont poignants. Et plus que de connaître le peintre Chanwaz, j'ai plus considéré ce roman comme l'histoire des femmes du Pakistan, plus particulièrement celle des "courtisanes" du quartier de Hira Mandi. Appréciant beaucoup les romans "indiens", j'ai trouvé en celui-ci une touche différente et réaliste, tout en demeurant romanesque de bout en bout. Une manière distrayante d'apprendre un peu plus et de découvrir : un joli moment !
218 pages
15:56 Publié dans Rentrée Janvier 2006 , Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
31 janvier 2006
Une pièce montée - Blandine Le Callet
Bérengère et Vincent se marient, en grandes pompes. Tous deux issus de famille bourgeoise, ils convient leurs proches dans une campagne verdoyante pour célébrer l'événement. En fait, ce livre peut se lire comme un recueil de nouvelles, partant du principe que chaque chapitre fait un coup de projecteur sur l'un ou l'autre des convives - depuis la petite demoiselle d'honneur, la soeur de la mariée, l'oncle, le mari, la grand-mère, la vague connaissance, etc. Mais jamais leur contenu ne vire à la répétition, à chacun de vivre cette journée, avec son regard et sa propre expérience.
Honnêtement, ce n'est pas fort original, mais c'est assez drôle. Son jeune auteur brosse ses personnages dans le sens contraire du poil, donnant un résultat plutôt caustique. Son aperçu de cette société bourgeoise (friquée, bien éduquée, guindée) creuse les artifices, on s'en doute ! Pour sauver les apparences, on force à se gaver d'hypocrisie - au risque d'être cruel et bête, tout court ! J'ai un peu déploré la fin du livre, un peu nunuche. Mais l'ensemble demeure correct et agréable à lire ! Avec une ovation particulière pour le prêtre ! ;)
320 pages - Stock *** Conseillé sur le Fig Tree ***
Entretien avec l'auteur - propos recueillis par La Zone Littéraire qui en donne aussi son avis !
15:25 Publié dans Premier roman , Rentrée Janvier 2006 , Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (30) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note
27 janvier 2006
Le fou de Printzberg - Stéphane Héaume
En recevant la lettre de son ami Costa, architecte d'un étrange projet dans le cercle Arctique, Julien Leutray se doutait de la folie dans laquelle il se jetait. Il quitte son soleil et ses oliviers pour retrouver l'épouse de Costa, la belle et énigmatique Altaléna, son tout premier amour, il y a vingt ans. Costa venant de mourir, et pour répondre à sa demande de ramener la jeune femme en Europe, Julien débarque à Printzberg, là où le projet ambitieux d'une station thermale fait courir des folles rumeurs de damnation, de lieu maudit et de malédiction !..
Paralysée d'en mal parler, je préfère inviter tout lecteur d'ouvrir ce livre - c'est captivant ! L'ambiance y est très étrange, un peu imprégnée du roman gothique (je ne sais pas pourquoi j'ai longtemps pensé à "Frankenstein" même si jamais l'idée de fantastique n'intervient dans ce livre !). Dans cette archipel de Printzberg, les émotions sont exacerbées - la passion renaît, la trahison aussi, les silences et autres secrets font barrage à la quête du narrateur. La belle Altaléna a les traits d'une héroïne dramatique, enflammée et inaccessible. Une vraie icône ! En bref, c'est un vrai bouillon de chaud et froid ! Car la réussite de ce roman est parce qu'il est auréolé d'une ambiance "bizarre" mais fascinante ! Un très bon moment de lecture, croyez-moi !
276 pages, Anne Carrière. *** Conseillé par Tatiana ***
19:37 Publié dans Rentrée Janvier 2006 , Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
24 janvier 2006
En retard pour la guerre - Valérie Zenatti
Janvier 1991, Jérusalem vit sous la menace imminente des bombardements au gaz chimique par l'Irak. La guerre est aux portes de la ville. Le monde est en statu-quo. Constance, jeune française de vingt-cinq ans, est venue étudier en Israel et vit cette attente de façon troublante. La tension est perceptible, la ville est en effervescence mais les habitants semblent pressés de vivre "leurs derniers jours". La frénésie gagne la jeune française, un peu égarée et inconsciente du danger, mais refuse de rentrer au pays. Elle vit aussi une difficile relation avec Nathanaël, peintre psychotique, qui confond passion et harcèlement. Heureusement, sa meilleure amie Tamar la nourrit de sa joie de vivre et sa force de caractère, sans doute portée par l'enfant qui doit naître d'un moment à l'autre.
Bref, la guerre éclate. Aux cris des sirènes qui la tire du lit en pleine nuit, Constance doit prendre sur elle son affolement, la déroûte du pays, de son compagnon et de sa voisine, une certaine Anastassia Finger-Mayer. Ces signaux d'alarme sont finalement autant d'électrochocs pour la jeune fille - son petit ami est un sombre idiot, ses études ne voient pas le bout, ses parents n'ont rien compris, et elle ne peut calquer sa vie sur celle de sa copine. En clair, il faut qu'elle se bouge ! Et c'est ainsi qu'on la suit, en quelques jours, quelques semaines, dans une ville hystérique, aux heures les plus chaudes. L'auteur a vraiment su recréer le climat statique de l'époque, mêlé de doutes et d'effroi. Elle a su aussi donner un vrai charisme à son personnage, à laquelle on s'attache, ne sachant trop où elle nous mène, traînant un "traumatisme" de l'enfance qui prend son temps pour revoir le jour. D'ailleurs, il m'a semblé que la fin était un peu précipitée et louvoyante. Mais bon, ce n'est pas grave ! Pour son premier roman, Valérie Zenatti, grande spécialiste des romans pour la jeunesse (comme Elisabeth Brami), a su franchir le cap avec brio ! "En retard pour la guerre" est un régal.
188 pages
16:56 Publié dans Rentrée Janvier 2006 , Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note