29 août 2006

Le plombier kidnappé - Stephen Leacock

medium_plombier_kidnappe.jpgRecueil léger composé de huit textes, "Le plombier kidnappé" (et autres bonnes vieilles histoires) vaut son poids de bonne humeur et de cocasserie en un condensé de 150 pages. C'est court, dommage ! Jamais lu quelque chose d'aussi saugrenu, qui tient la route, qui soulève les babines en grimaces, à vous filer le rire jaune et gras... cela laisse songeur ! L'ensemble est drôle et tourne le sérieux en ridicule. C'est moqueur, cynique et follement dérisoire. Les retombées des histoires sont très souvent inconvenantes, elles tournent en ridicule les histoires d'amour, les contes de Noël, poussent au crime, au meurtre, au cannibalisme ! Les princes deviennent basset aux grandes oreilles et au long museau, les plombiers deviennent des aubaines inestimables dans des quartiers capitalistes, les jolies femmes ont "une curiosité féminine si innocente et instinctive que l'on ne saurait la condamner", et d'autres se sacrifient pour la grande cause de la recherche psychique.
Quelques exemples, de bon goût : "Gertrude et Ronald se marièrent. Ils nageaient dans la félicité. Est-il besoin d'en dire plus ? Ah oui, seulement ceci. Le comte mourut d'un accident de chasse quelques jours plus tard. La comtesse fut tuée par la foudre. Les deux enfants chutèrent dans un puits. Ainsi le bonheur de Gertrude et de Ronald fut-il complet."
"Je tombai malade. Je mourus. Je m'enterrai. Que ceux qui écrivent ce genre d'histoires en fassent autant."
Désopilant !

Le Dilettante

18 août 2006

L'apocalypse sans peine - Christine Avel

medium_apocalypse.jpgChristine Avel avait déjà publié un premier roman, "Double foyer", et signe avec "L'apocalypse sans peine" son premier recueil de nouvelles. Le livre se compose de 12 textes qui peuvent déconcerter à la première lecture (je pense aux premières). Puis vient l'histoire de "Et pour ta mère, c'est non" qui réhausse d'un seul coup l'intérêt : un couple est tenu prisonnier dans sa voiture par une bande de babouins dans un parc animalier. C'est très drôle et assez grave, la tournure penche vers le glauque et le grincement de dents. C'est d'ailleurs le sentiment général, un semblant de dérision, de fatalité, puis un lâchement de réserve. Le texte qui donne son nom au recueil est également fort intriguant, il parle d'un homme qui découvre que le soleil va mourir dans quatre milliards d'années et décide d'agir au plus vite avant la fin des Temps. A noter aussi : "L'odeur" qui pousse un couple à se séparer à cause d'un remugle entêtant dans l'appartement. Bref, un joli petit condensé de phobies, de terreurs, d'obsessions, de menus cataclysmes et de sabordages à échelle humaine. Pas mal intéressant à lire, ou à découvrir si l'auteur n'est pas encore connue.

Le Dilettante - Paru le 18 août 2006.

08 juillet 2006

La vie à deux - Dorothy Parker

 

medium_la_vie_a_deux.jpg« La vie à deux » est un recueil de 16 nouvelles d'une des plus grandes icônes des années folles. Toutes ces histoires mettent bien souvent en éclairage la bêtise humaine, qu'elle soit chez les classes bourgeoises et dans les liens sacrés du mariage. La vie à deux, selon Dorothy Parker, n'est finalement qu'un faux-semblant, un numéro de cirque à présenter à la face de la société, laquelle ne pourra jamais deviner ce qui se cache derrière le masque, quitte à ne pas comprendre pourquoi un couple tellement respectacle, comme les Weldon, décide de divorcer dans la première nouvelle, Quel dommage !


Dorothy Parker continue à nous régaler avec d'autres exemples, comme des jeunes mariés qui se chipotent pour une histoire de chapeau, ou des amants qui se quittent à cause de coups de fil trop harcelants. Il n'y a pas de fin heureuse, pas de vie merveilleuse. Les femmes parfois noient leur désarroi dans l'alcool, les hommes sont des êtres infidèles et qui s'en lavent les mains. Honnêtement, du début à la fin, le ton est juste et fait merveille. Comme le souligne Benoite Groult dans la préface, il y a résolument un style Dorothy Parker : celui qui mouche, épingle et dénonce avec humour les imperfections de ses contemporains (même si ses histoires demeurent incroyablement actuelles !). Son art des dialogues est particulièrement une force, la répartie toujours de mise et l'ensemble démontre une jouissance innocente à lever le couvert sur les mesquineries, les perfidies et autres petitesses dont font preuve ses personnages – toute ressemblance avec des faits existants serait purement fortuite !

03 juillet 2006

Douze histoires d'amour à faire soi-même - Lola Gruber

medium_douze_histoires_d_amour.jpgCe recueil est la première publication de son auteur, Lola Gruber, jeune trentenaire parisienne, qui a su gagner la confiance d'une maison d'édition débutante, Les Petits Matins. Essentiellement pour cette raison, je vous conseille de découvrir ce livre rose flashy, qu'on confondrait presque avec un roman-photos. Cela ne laisse pas entendre que son contenu est médiocre, c'est plutôt le contraire : prometteur, enjoué, acerbe et critique. Il y a certes un ensemble hétérogène avec des nouvelles de qualité disparate. La première qui ouvre le recueil est particulièrement jubilatoire : L'ultime souper met en scène un couple qui est au bord de rompre car la jeune fille a préparé un repas pour son chéri, mais avec un peu trop d'amour se dit-elle, elle est horrifiée de ce constat, tout soudain l'écoeure et lui donne envie de fuir. J'ai particulièrement apprécié l'acuité dans la présentation des personnages: tendresse et férocité se donnent la main. Et c'est d'ailleurs, et assez vite, une donne générale. Lola Gruber a probablement beaucoup lu Dorothy Parker pour s'inspirer de la sorte ! J'attends la suite avec impatience !

Article du Buzz Littéraire et entretien avec Marie-Édith Alouf la co-fondatrice de la maison Les Petits Matins.

Le site des Petits Matins.

23 juin 2006

Organes - Marie Hélène Lafon

medium_Organes.jpg12 nouvelles composent ce recueil de Marie-Hélène Lafon, qui accomplit son deuxième exercice en la matière. Je n'avais pas été emballée par "Liturgie" (son premier recueil) mais j'ai davantage savouré "Organes". C'est un ensemble qui s'ouvre sur "les taupes", pas terrible, puis c'est l'explosion de délire, de plaisir, de style et de ronds-de-jambe. Marie Hélène Lafon conte un univers perdu en Auvergne, où les hivers sont rudes, les étés ensoleillés, les patelins paumés et les soirées un peu longues devant la télé... Qu'importe !? Pour se divertir, on fantasme sur la speakerine, la boulangère à la silhouette aguicheuse ou une jeune éducatrice à la peau blanche et en bikini orange. On oublie un peu ses misères en buvant son café dans un mazagran (le luxe suprême!), les femmes se confient des choses interdites aux oreilles des enfants... lesquels vont errer dans les champs, rêver sur une robe de mariée qui a 18 ans ou jeter en pâture une montre reçue pour la communion. Les hommes s'occupent des bêtes, vont à la chasse aux grenouilles et regardent le Tour de France.

Bref, j'ai eu la sensation de piqûres d'aiguille au fur et à mesure que je parcourais les pages de ce livre. C'est le style de son auteur : avalanche des mots, des sons, des adjectifs, sans ponctuation, ou si peu. Puis il y a la mise en scène : des personnages en marge, des corps qui sentent, des désirs exacerbés, un monde rural à l'ancienne, un peuple fier mais marqué, des enfants qui ne sont pas épargnés, une éducation à la baguette, le goût et le dégoût des autres... C'est très âpre mais fascinant. Il y a dans l'ensemble de très bons textes, comme La Communion, Au Village, La Speakerine, Le Corset, L'Hygiène, Les Mazagrans, etc. Une très bonne moyenne pour ce recueil très léger de 130 pages !

Des avis sur le ouèbe : LeLitteraire.com - Encres Vagabondes

18 mai 2006

Etoiles - Simonetta Greggio

Vendu comme une nouvelle (longue de 126 pages), ce nouveau livre de Simonetta Greggio (auteur du remarquable "La douceur des hommes") est à considérer également comme un roman, mais très court, très rapide à lire. Son histoire n'a rien de sensationnelle, et a déjà fait ses preuves chez d'autres (je pense à "Quiproquo" de Philippe Delerm). Un chef cuisinier trois étoiles, Gaspard Coimbra, décide de tourner le dos à sa vie parfaite et sa blonde épouse pour recommencer tout à zéro dans une petite buvette perdue dans un village près d'Avignon. Il va rencontrer Stella, ravissante costumière, mais qui n'a que la peau sur les os et des soucis pour se nourrir... Et la vie rêvée des anges commence. L'ensemble est simple, assez poétique, surtout par l'évocation alléchante des aromates et des plats cuisinés avec amour, qui frétillent dans la poêle, et dont on devine les bonnes odeurs !... C'est la principale raison qui peut donner envie de lire ce livre, surtout en été ou pendant les heures perdues de vos vacances. C'est un livre qui sent bon la chaude saison, la bonne chair et l'amour. J'avais été davantage séduite par son premier roman, ici dans "Etoiles" l'histoire est plus sentimentale et trop eau-de-rose en fin de compte. Mais cela reste un joli livre à découvrir (même s'il coûte un peu cher) - il mettra soleil et gourmandise dans vos assiettes, oups... entre vos mains ! En bonus : le Carnet de Stella (carnet de recettes illustrées et conçues par Manuel Laguens) à faire baver d'envie !

Flammarion, 126 pages

13 mai 2006

Ni fleurs ni couronnes - Maylis de Kerangal

Ce livre de Maylis de Kerangal est en fait composé de deux récits : "ni fleurs ni couronnes" suivi de "sous la cendre". Près de 90 ans séparent la première histoire de la deuxième, située également aux antipodes, l'une en Irlande et l'autre sur une île au large de Naples. Dans "ni fleurs ni couronnes", un jeune garçon prénommé Finbarr rencontre une jeune femme d'apparence convenable et chic qui est à la recherche de son fiancé, apparement noyé en mer après le naufrage du Lusitania. Tous deux vont donc partir en mer repêcher les corps, de plus en plus motivés par l'appât du gain également (des récompenses commencent à pleuvoir). La jeune femme se montre intrépide et courageuse, rien à voir avec ce qu'il pensait...

Dans la deuxième histoire, deux garçons, Clovis et Pierre, font équipe avec Antonia pour la montée du Stromboli. Cette jeune fille fascine Clovis mais inquiète Pierre qui la juge cinglée. Car Antonia est séduisante, n'a pas froid aux yeux mais fait tourner les coeurs. Au sommet du volcan, les têtes ont le tournis et les corps ont la fièvre...

Ces deux récits sont en miroir pour faire entendre le souffle des corps qui se libèrent, dixit la présentation de l'éditeur. C'est clair que ce livre agrippe le lecteur, surtout par son style brut de décoffrage. Mais il donne également le vertige, par cette façon de ne pas lâcher prise, de ne pas relâcher son souffle. La seconde histoire a su davantage me subjuguer. A vrai dire, après avoir refermé ce livre, je n'avais pas un avis très positif ni emballant. Mais une nuit de sommeil a su finalement me décider à le vanter et apprécier sa séduction vive et ardente. Les plus farouches s'abstenir, car Maylis de Kerangal dépouille, écorche et met à nu. Envoûtant !

 

Conseillé par Tatiana & Un papier du Monde

05 février 2006

Consigne des minutes heureuses - Françoise Lefèvre

Je me sens enfin réconciliée avec Françoise Lefèvre dont les dernières lectures de romans commençaient à me désappointer un tantinet. La magie opère à nouveau, j'éprouve un sentiment de bien-être et de séduction réussie. Il faut dire aussi que ce livre est complètement différent des autres - à la mode des "plaisirs minuscules" de Philippe Delerm, Françoise Lefèvre consigne ses "minutes heureuses". Au programme : 100% de choses qui éblouissent, ravissent, touchent, émeuvent... Autour des détails infimes, comme accrocher le linge en plein vent, pétrir une pâte, recevoir l'eau du matin, garder l'enfant malade à la maison ou manger une tartine de saindoux. Mais aussi la perte de l'ami, l'opération à coeur ouvert du bébé de la famille... Toutefois, dans ce livre, il n'y a aucune idée sombre, aucune mélancolie, ou vite chassée. C'est sa règle de "conduite" pour l'écriture de ce livre - et aussi, aucun érotisme débridé ! J'ai beaucoup aimé, relevé des phrases, des mots, des passages, fait mien le texte "Un amour invisible" (tellement parlant!) et aussi "Plus rien n'est comme avant".
Dans "Patience des minutes heureuses" et "Foin des minutes heureuses", l'auteur s'explique un peu sur le "leitmotiv" de ce livre. L'avant et le pendant, c'est pertinent. L'auteur ne peut s'empêcher de se plaindre, c'est dur, c'est fatiguant et "épuisant", les minutes heureuses ! Et la morale, en conclusion : "Si la tarte est bonne, c'est que celle qui l'a faite y a mis beaucoup plus que son chagrin." - yes !!!

154 pages

22 janvier 2006

Insecte - Claire Castillon

C'est son premier recueil de nouvelles, à Claire Castillon. Et ça lui va bien, c'est une belle orientation (ou expérience) réussie ! Le court colle à son style caustique, insolent, petit bouchon boudeur. On est très loin de l'excentrique et évanescent "Vous parler d'elle", son précédent roman. Tant mieux, car j'aime infiniment ! Bref, ouvrons le livre : 19 nouvelles basées sur les rapports entre mère et fille. Un lien très vicieux, sulfureux et au goût amer. Se mêlent des sentiments divers : le copinage, la connivence, la confidence, et la haine, l'agacement, l'énervement, le dégoût ! Ouah, tout ça ! Je ne souhaite à personne de se retrouver dans ces mères ou ces filles, oh non. Dès la première histoire, "J'avais dit une", on est plongé dans le bain : une femme, très amoureuse de son mari, accepte de lui "faire" un enfant, mais un seul et une fille. Or, elle accouche de jumelles !
Au fur et à mesure qu'on avance dans le livre, un autre électron se faufile au rapport mère/fille, celui de la maladie. Très vite, il devient indissociable ! Une fille est agacée du cancer de sa mère, une mère ne supporte plus sa fille "noeud-noeud", une autre gave son enfant de médicaments pour la rendre super - opérationnelle, une fille place sa mère en institut, une autre attend le retour de sa progéniture pour mourir... On y perd son latin ! Claire Castillon pousse très loin dans les clichés mais, connaissant son univers, c'est imparable ! Elle est méchante, cruelle, injuste et mauvaise, mais quel plaisir à lire tout cela ! Et puis, je ne sais pas où elle a chipé ses modèles mais elle applique les règles de la nouvelle à la perfection ! A chaque fois, une chute qui laisse bouche bée ! Un livre impayable, à lire d'urgence !

160 pages, Grasset.

20 janvier 2006

Naissances - Collectif...

Quel ensemble harmonieux et tour à tour drôle, cocasse, sérieux, excentrique et "raisonnable" ! Ce sont huit voix de femmes qui s'expriment, des écrivains mais avant tout des Mamans. Elles sont donc huit, rassemblées dans ce recueil sous la "direction" de René Frydman, chef de service à la maternité, mais un peu poussé vers la sortie dans cette histoire de "Naissances". Un contenu 100% féminin et maternel ! Bref, comme Laure, j'ai dévoré ce livre, depuis l'extravagante Marie Darrieussecq, en passant par des crises de fou-rire avec Hélèna Villovitch, Agnès Desarthe, Geneviève Brisac et Catherine Cusset, reprenant mon sérieux avec Marie Desplechin et Camille Laurens, et pour finir sur une touche "sage" avec Michèle Fitoussi (qui, elle, parle davantage de la "deuxième naissance", quand l'enfant quitte le cocon familial). De prime abord, j'avais déjà une grande tendresse pour l'ensemble des auteurs, dont je lis régulièrement les livres et les affectionne. Je savais que ce recueil les rassemblant n'allait être que du ravissement ! Je confirme, donc. Et chacune d'elles sait merveilleusement exprimer cet instant (flippant, fantasmagorique, stressant, ahurissant et sacralisé) qu'est la naissance de son enfant. Pour la plupart, elle raconte leur toute première expérience avec une verve décoiffante. C'est tellement bien raconté, qu'on y retrouve aussi quelques anecdotes personnelles, et puis on se rappelle notre "première fois" à nous aussi (qui est souvent étouffée, oubliée, édulcorée, etc.) - et c'est vrai tout ça ! Mais quel recul à prendre, quelle réalité aussi : brisons le cadre idyllique de l'enfantement, c'est beau et moche à la fois ! Le mot de la fin par Camille Laurens : "Je ne voudrais pas finir sans dire ceci : que la naissance n'est pas seulement ce moment hautement dramatique, ce cataclysme ponctuel, cette catastrophe au sens étymologique. C'est aussi et d'abord une expérience quotidienne et partagée, la présence d'un objet d'amour éternellement perdu et retrouvé, un bouleversement permanent fait de connaissance et d'énigme, de distance et de fusion, d'absence et d'effusion. Tous les jours, je regarde ma fille comme si elle venait de naître, et je n'en reviens pas. On ne revient pas de la naissance, on y reste, on y est toujours."

*** Merci Laure pour m'avoir prêté ce livre !!!! *** Son avis est aussi paru ICI !

Quelques réflexions à ce sujet.. en cliquant sur ce blog Chronique d'un premier roman.

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