03 octobre 2006
La mort d'un pote - Emilie Frèche
Le 13 février 2006, Ilan Halimi, 23 ans, est retrouvé agonisant le long d'une voie de chemin de fer, dans l'Essonne. Après 24 jours de séquestration, de tortures, d'insultes, d'humiliations, le corps battu à mort et brûlé à 80%, il est abandonné par ses bourreaux. Il a encore un peu de force pour ramper hors de ce cauchemar, mais plus assez pour rester en vie. Dans l'ambulance qui le conduit à l'hôpital, le jeune homme succombe à ses blessures.
C'est d'abord un fait divers paru dans un entre-filet, dans les journaux, puis la grande affaire qui éclate avec l'arrestation du gang des Barbares et sa déferlante d'horreurs. Si Ilan est devenu la cible martyre des ses bourreaux, c'est parce qu'il était juif et que sa famille était forcément "bourrée de pognon" ! Une honte. C'est à la fois impensable, révoltant et abominable de s'imaginer que dans la société du 21ème siècle un crime aussi raciste et primaire puisse encore exister, avoir lieu et ne pas soulever de tolé général et de réactions à long-terme.
C'est la fin d'une époque, écrit Emilie Frèche. La République d'aujourd'hui ne tient plus ses promesses, la génération qui pousse a perdu ses repères ou les pioche dans des manuels qui ne répondent à aucune loi. Tout est erroné, l'école a abdiqué, les parents ont baissé les bras, partout c'est le laissez-aller, on s'en fout de tout. Et Emilie Frèche fait l'étalage des autres crimes honteux et inacceptables, les morts liées à la canicule dans la plus grande désinvolture par exemple. Trop, c'est trop. Il est temps de réapprendre à vivre tous ensemble, de ne pas "laisser mourir la France", pays des droits de l'Homme et de la liberté. Ce texte est un hommage à "un pote disparu", à tous ces autres anonymes qui ont souffert d'antisémitisme, de racisme, de violences arbitraires, dans la plus grande inconscience de nous tous. Emilie Frèche exprime son "coup de gueule" et ça tape droit dans le coeur. Agissons, pensons à nos mômes !
Panama
- La mort d'un pote Blog
- Affaire Ilan Halimi sur Wikipedia
- Tatiana en parle ici
- Un précédent roman d'Emilie Frèche, Le sourire de l'ange, où il était déjà question des violences raciales et de l'intolérance
08:40 Publié dans Journal - Essai | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
05 juillet 2006
L'apprenti japonais - Frédéric Boilet
Frédéric Boilet est dessinateur et a reçu une bourse de manga en 1993 qui l'a amené à s'installer au Japon. Ce livre de "L'apprenti japonais" est donc son journal fait de notes, lettres, articles, croquis et photos de son expérience de "dessinateur-reporter". Pour reprendre ses propres termes : "le Japon que j'essaie de connaître est un Japon du détail, du jour le jour, il est donc difficilement racontable, sinon au moyen d'une narration ou d'un reportage". Résultat : il n'a pas fait le Japon, celui des geishas, des samouraïs, du temple d'or de Kyôto, du Mont Fuji. Il a simplement tenté de se fondre dans la culture du pays, d'être un "apprenti japonais", quelque part entre le déjà plus Français et le jamais Japonais.
Son reportage sur son apprentissage est simplement vrai, captivant, intéressant et enrichissant. On visite un Tokyo véritable et sans tricherie. Un des points qui m'a le plus fascinée : l'honnêteté du Japonais. Aucun vol dans le métro, lequel est propre comme un sou neuf, où on peut égarer son appareil photo et le retrouver aux objets perdus dès le lendemain, où on peut aussi s'endormir sur un banc dans un parc, avec son sac et son porte-monnaie bien fournis et ne jamais risquer d'être volé !... ça laisse rêveur !
En 1993, donc, premier voyage au Japon (Frédéric B. va finalement s'y installer pour plus de dix ans, il y vit encore actuellement), Frédéric rencontre Kaoru, qui servira très vite d'exemple au personnage féminin de "Tokyo est mon jardin" (car à cette époque F. y travaille avec son scénariste Benoît Peeters). Frédéric parle de son attirance pour les femmes japonaises, évoque celles-ci en termes dévots, amoureux et inconditionnels. Il fait aussi référence à la jeunesse japonaise, des Astronénettes, du manga, de la danse machinale, des minijupes, des sacs Vuitton, du téléphone portable, etc. En dernière partie, il a inclus ses dessins parus dans le grand quotidien Asahi Shimbun (édition nationale), surtout concernant la guerre en Irak (2003). Enfin bref, c'est un très beau voyage, un guide intelligent sur la culture nippone loin des clichés, une incursion passionnante dans l'apprentissage d'un français au pays du Sol
eil Levant. Et pour couronner le tout, Frédéric Boilet est un personnage drôle et spirituel dont les chroniques ne manquent pas de faire sourire le lecteur ! A lire avec avidité !!!
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19 avril 2006
Chambre avec vue sur l'éternité - Claire Malroux
Difficile de parler de ce livre... Où l'on y parle d'une grande poétesse trop méconnue, surtout de son vivant au 19ème siècle : Emily Dickinson. Je ne pense pas qu'il soit absolument nécessaire de connaître l'auteur et son oeuvre pour ouvrir le livre de Claire Malroux. « Chambre avec vue sur l'éternité » est une étude sur l'incroyable poétesse, mais menée et agencée de manière très personnelle, pudique. Il y a effectivement peu de détails sur la chronologie, la généalogie et le parcours d'Emily. On sait qu'elle est née à Amherst, dans le Massachussets, où elle y a passé la quasi totalité de son existence, sauf les années de son éducation dans un collège non loin de là... Puis elle s'est consacrée aux siens, à son écriture et à sa passion pour la Nature. Ses relations sentimentales ont longtemps semblé auréolées de zones d'ombre. En vrai, la figure d'Emily Dickinson est très énigmatique, et ses poèmes le sont tout autant. L'étude proposée par Claire
Malroux est une approche plus en douceur par cette traductrice de l'oeuvre assez conséquente de l'Américaine. Il y a de l'amour et de la vénération là-dedans, et très peu finalement l'envie de comprendre. On arrive tout juste à cerner le personnage et son oeuvre : l'ensemble est mystérieux, sensuel, effrayé et dédié à une envie, un désir d'Eternité. Claire Malroux ne prétend à rien, elle glisse juste « ses pas dans les pas de celle qui parle ». Rien de plus, rien de moins. J'ai trouvé ce livre très beau et très doux, qui ouvre une fenêtre toute petite pour éclairer un personnage passionnant et intriguant ! A lire, à lire !
A lire les articles sur ce blog dédié à la poésie Poezibao (le journal permanent de la poésie) - rencontre avec l'auteur, avis sur ce livre, et en savoir plus sur Emily Dickinson... bref un joli article très complet !
Plus sur Zazieweb
12:23 Publié dans Journal - Essai | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
14 avril 2006
A ses pieds - Elisabeth Barillé
Elisabeth vit désormais en Hollande avec son amant, Hugo (qui travaillait dans l'édition à Paris avant de tout quitter). Leur amie Léna leur parle de sa révélation depuis sa rencontre avec Un Sage en Inde... Intrigués, ils s'envolent sur le champ pour comprendre ce « phénomène ». Le Sage est un bel homme âgé – Elisabeth est fascinée, un rien cynique également. Pourtant, au moment de s'agenouiller à ses pieds, elle refuse. Impossible pour elle de se plier – pourquoi ? Elle tente d'y trouver une réponse en songeant à sa petite enfance, à ses rapports avec sa mère, ses liaisons amoureuses, son mysticisme, ses études philosophiques et surtout son travail d'écrivain, sa grande nécessité d'écrire, toujours, tout le temps, même dans la tête. D'ailleurs, elle s'étonne de relever certains détails pour un éventuel travail d'écriture, alors qu'elle n'a aucun projet en cours !
Ce récit met donc en avant une jeune femme toujours en quête d'elle-même et qui cherche à se cerner et comprendre certains refus chez elle. Baiser les pieds d'un homme revient-il à perdre sa propre dignité ? « Qu'avais-je à perdre en m'agenouillant ? Mon identité ? Quelle identité ? Elisabeth ? Laquelle ? L'insoumise était-elle plus vraie que ne l'aurait été la consentante ? ». J'ai aimé les divagations de cette jeune femme écrivain. C'est intelligent, bien amené et peu pédant. J'ai surtout apprécié ses pérégrinations sur son intoxication à l'écriture : « je ne tiens pas ma plume, c'est elle qui me tient. L'écriture est bel et bien ma prison; mais sans cette prison, où m'échapper ? ». Et ce voyage (initiatique?) en Inde est finalement un catapulteur de souvenirs enfouis et épars. Pas mal, pas mal !..
Pour une idée plus claire &&&& Pourquoi il faut lire Elisabeth Barillé par Tatiana de Rosnay
22:25 Publié dans Journal - Essai | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
19 janvier 2006
Aimé - Dominique Sigaud Rouff
Je ne savais pas comment appréhender un livre dont le contenu pourrait me renvoyer à un passé enfoui, comment prendre la distance de ce récit et de mon propre vécu. Pour sûr, "Aimé" réveille les vieux traumatismes, avis à celles concernées par les fausses couches ou autres interventions (in)volontaires de grossesse. D'ailleurs, aux jeunes mamans et femmes enceintes, je déconseillerai de lire ce livre tout de suite. Attendez la délivrance ! Car le récit de Dominique Sigaud est personnel, arraché du plus intime de son corps et son coeur. Pour la deuxième fois en moins d'un an, la femme porte un "oeuf blanc". Après la joie de se savoir enceinte, victorieuse et fière, succède donc la désillusion, la brutale réalisation de faire un deuil prématuré, inacceptable aussi. Il va lui falloir "accoucher" de cet embryon disloqué, ou ce que le corps médical nomme "un débris". A ce propos, l'expérience de D. Sigaud montre qu'elle s'est frottée à des médecins froids, au coeur sec et aux paroles aussi blessantes. En quels robots se sont-ils transformés ? L'épreuve traversée est suffisamment pénible et douloureuse pour ne pas avoir à se composer un visage de façade pour "les autres". Bref... "Aimé" fait mal, à lire ce fut une galère pour moi. Mais heureusement c'est très court. Son empreinte ranime des vieilles douleurs, vite à oublier ! Mais c'est également un témoignage, un exorcisme aussi et cela pourra permettre à d'autres d'en parler, aussi.
88 pages chez Actes Sud / A lire l'avis de Laure - tellement bien exprimé !
Extrait : " J'écris pour les mères innombrables de tes semblables qui voient un jour disparaître l'idée que vous veniez. Cette douleur immense de voir s'interrompre l'élan. Cette perte de ce qui n'est pourtant qu'un point si petit dans le ventre. Ce deuil. C'est de la vie qui s'en va dans une traînée de sang. C'est à vomir de chagrin. Ecrire en ton nom apaise mon chagrin. Cette fois tu ne resteras pas lettre morte. Tu ne te résumeras pas à l'être mort. "
15:15 Publié dans Journal - Essai , Rentrée Janvier 2006 | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
25 octobre 2005
Si je devais... , Germaine Beaumont
J'ai reçu ce livre pour en donner un avis "objectif et avisé" (!), mais je suis assez ravie d'avoir franchement apprécié cette lecture ! Quelle découverte : Germaine Beaumont !.. Personnellement, et en toute honnêteté, je ne la connaissais pas. Et pourtant, quelle femme ! Normande, née vers la fin du 19ème siècle, elle dessine très vite son propre chemin, en quittant mari, enfants et s'exilant en Angleterre où elle se nourrira de littérature pendant dix ans. De retour en France, elle fera la rencontre de sa contemporaine, Colette, qui l'aidera à travailler dans le journal d'Henry de Jouvenel. Elle écrira aussi, son premier roman "Piège" sera récompensé du prix Renaudot en 1930. Mais sa véritable passion, ce sont les romans policiers qu'elle va permettre de développer dans l'édition française, en publiant et traduisant certaines oeuvres féminines chez Plon, où elle officie. La carrière et la vie de cette dame est riche, passionnante et étourdissante... Mais ce livre que publie aujourd'hui Le Dilettante n'en parle qu'en préface ! En fait, "Si je devais..." regroupe l'essentiel de ses chroniques !
A peine deux pages suffisent pour dire, de manière combinée, toute en poésie et sécheresse, les petits travers du monde de Germaine Beaumont : paysage littéraire, manies de ses semblables, bref elle épingle ! De la femme seule, du romantisme et du Diable dans les romans, des saisons, des gens qui s'ennuient, de Dickens (le père Noël en personne !), des malles, des clefs (des malles et des maisons qui les contiennent !), de l'enfance, du jardin, de la contemplation, des êtres imaginaires, de la mode de "l'enquête", des voyages, des oeufs de Pâques, de Gulliver, des élèves studieux, des voyages sur la lune et des gens dans la lune, de la chanson française, la pluie d'été, la fin des lettres écrites à la main, les ballons rouges, etc... C'est beaucoup pour résumer ! Il y a 42 textes pour 160 pages, faites le compte...
Mais le plus beau pour la fin : "Si je devais...", une chanson, un poème ? Qui sait, comment qualifier cet hymne qui ressemble à un testament de l'auteur pour ses héritiers, ses lecteurs. "Si je devais partir, ne me cherchez pas dans le souvenir de ce que j'ai fait ou dit"... "s'il se peut qu'après moi quelque chose demeure, vous ne le trouverez qu'en ne le cherchant pas" ! Bien vu. Pourtant, pour donner un coup de pouce au hasard, et permettre au lecteur incertain d'ouvrir ce livre, que son fantôme nous permette "de chercher dans les pages du livre aimé" et d'en faire son écho, il faut donc en parler, fouiller, explorer... Ce qu'elle refusait ! De plus, ceci n'est pas écrit à la main, elle m'en aurait voulu. Cette amie de Colette, cette traductrice du "Journal d'un écrivain" de Virginia Woolf, cette audacieuse, talentueuse plume, intelligente, ironique et qu'un rien aurait poussé vers le féminisme... C'est une véritable découverte !
Le Dilettante
17:17 Publié dans Journal - Essai , Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note