23 janvier 2006

Je vous écris comme je vous aime - Elisabeth Brami

C'est ce que je considère comme le bon roman au bon moment ! Un dimanche après-midi, tasse de thé, musique de fond, douceur de l'instant et moi plongée dans ce roman d'Elisabeth Brami : délices ! "Je vous écris comme je vous aime" raconte l'aventure amoureuse entre deux femmes, de deux âges (50 et 80 ans), éloignées par la mer et bouleversées, émues par cette première rencontre, un soir au domaine de Bois-Rouge. Emilie et Gabrielle connaissent "un coup de foudre" mais qui les terrorise, les effraie et les attire. Alors, elles s'écrivent. Et je ne peux m'empêcher de reprendre cette phrase du livre : "C'est l'écriture d'une passion nourrie de la passion de l'écriture". En effet, les lettres qu'elles s'échangent sont lyriques, passionnées et passionnelles. Ce qui se passe entre ces deux femmes est pudique, poétique et romantique. Elles y trempent un doigt ou se jettent à l'eau - c'est un "fol élan", un dernier amour qui restera à jamais chaste. Point immorale ou malsaine, l'histoire de Gabrielle et Emilie est l'histoire de l'amour des mots. Elles n'hésitent d'ailleurs pas à appeler à la rescousse Barbara, Pouchkrine ou Marguerite Duras. Leurs effusions sont éblouissantes et c'est un plaisir, un vrai, de lire toutes ces envolées ! Pour un premier essai en littérature, cette spécialiste de la jeunesse fait mouche.

208 pages, Calmann Levy.

Extrait : "J'ai cherché un autre mot. Je n'en ai pas trouvé. Quel nom donner à ce sentiment, à cette sorte de jubilation enfantine, cette passion obsédante doublée de douceur maternelle ? Comment nommer ce désir d'autant plus ardent qu'il est condamné par l'éloignement à la plus totale chasteté ? Ce pauvre amour insatiable, dans le feu duquel je me suis condamnée, nuit et jour, consentante. Dans lequel je me consume. Cet amour que nous ne ferons pas."

22 janvier 2006

Insecte - Claire Castillon

C'est son premier recueil de nouvelles, à Claire Castillon. Et ça lui va bien, c'est une belle orientation (ou expérience) réussie ! Le court colle à son style caustique, insolent, petit bouchon boudeur. On est très loin de l'excentrique et évanescent "Vous parler d'elle", son précédent roman. Tant mieux, car j'aime infiniment ! Bref, ouvrons le livre : 19 nouvelles basées sur les rapports entre mère et fille. Un lien très vicieux, sulfureux et au goût amer. Se mêlent des sentiments divers : le copinage, la connivence, la confidence, et la haine, l'agacement, l'énervement, le dégoût ! Ouah, tout ça ! Je ne souhaite à personne de se retrouver dans ces mères ou ces filles, oh non. Dès la première histoire, "J'avais dit une", on est plongé dans le bain : une femme, très amoureuse de son mari, accepte de lui "faire" un enfant, mais un seul et une fille. Or, elle accouche de jumelles !
Au fur et à mesure qu'on avance dans le livre, un autre électron se faufile au rapport mère/fille, celui de la maladie. Très vite, il devient indissociable ! Une fille est agacée du cancer de sa mère, une mère ne supporte plus sa fille "noeud-noeud", une autre gave son enfant de médicaments pour la rendre super - opérationnelle, une fille place sa mère en institut, une autre attend le retour de sa progéniture pour mourir... On y perd son latin ! Claire Castillon pousse très loin dans les clichés mais, connaissant son univers, c'est imparable ! Elle est méchante, cruelle, injuste et mauvaise, mais quel plaisir à lire tout cela ! Et puis, je ne sais pas où elle a chipé ses modèles mais elle applique les règles de la nouvelle à la perfection ! A chaque fois, une chute qui laisse bouche bée ! Un livre impayable, à lire d'urgence !

160 pages, Grasset.

19 janvier 2006

Aimé - Dominique Sigaud Rouff

Je ne savais pas comment appréhender un livre dont le contenu pourrait me renvoyer à un passé enfoui, comment prendre la distance de ce récit et de mon propre vécu. Pour sûr, "Aimé" réveille les vieux traumatismes, avis à celles concernées par les fausses couches ou autres interventions (in)volontaires de grossesse. D'ailleurs, aux jeunes mamans et femmes enceintes, je déconseillerai de lire ce livre tout de suite. Attendez la délivrance ! Car le récit de Dominique Sigaud est personnel, arraché du plus intime de son corps et son coeur. Pour la deuxième fois en moins d'un an, la femme porte un "oeuf blanc". Après la joie de se savoir enceinte, victorieuse et fière, succède donc la désillusion, la brutale réalisation de faire un deuil prématuré, inacceptable aussi. Il va lui falloir "accoucher" de cet embryon disloqué, ou ce que le corps médical nomme "un débris". A ce propos, l'expérience de D. Sigaud montre qu'elle s'est frottée à des médecins froids, au coeur sec et aux paroles aussi blessantes. En quels robots se sont-ils transformés ? L'épreuve traversée est suffisamment pénible et douloureuse pour ne pas avoir à se composer un visage de façade pour "les autres". Bref... "Aimé" fait mal, à lire ce fut une galère pour moi. Mais heureusement c'est très court. Son empreinte ranime des vieilles douleurs, vite à oublier ! Mais c'est également un témoignage, un exorcisme aussi et cela pourra permettre à d'autres d'en parler, aussi.

88 pages chez Actes Sud / A lire l'avis de Laure - tellement bien exprimé !

Extrait : " J'écris pour les mères innombrables de tes semblables qui voient un jour disparaître l'idée que vous veniez. Cette douleur immense de voir s'interrompre l'élan. Cette perte de ce qui n'est pourtant qu'un point si petit dans le ventre. Ce deuil. C'est de la vie qui s'en va dans une traînée de sang. C'est à vomir de chagrin. Ecrire en ton nom apaise mon chagrin. Cette fois tu ne resteras pas lettre morte. Tu ne te résumeras pas à l'être mort. "

12 décembre 2005

Moka - Tatiana de Rosnay

C'est un texte qui est tout à la fois : fort, honnête, sincère et angoissant. A la base, c'est l'histoire dramatique d'un jeune adolescent qui se fait renverser par une voiture, laquelle prend la fuite. Le garçon tombe dans le coma. De son côté, sa mère plonge en enfer. Elle, Justine Wright, la quarantaine, mariée à un Anglais, mère également d'une petite fille... Tout semblait couler de source chez cette famille ordinaire, et puis cet accident vient tout basculer.

J'ai beaucoup apprécié combien l'auteur avait su s'atteler aux traces de Justine qui livre un combat de maman des plus horribles. Avoir son enfant entre la vie et la mort, quoi de plus terrible ? Apprendre que le responsable a pris la poudre d'escampette, que l'enquête policière piétine, que les médecins émettent des avis mitigés sur l'état du jeune garçon... Comment résister, rester sur les rails de sa petite vie tranquille ? C'est impossible. Alors on comprend cette femme qui décide de mener sa propre enquête, de partir à la recherche du chauffard de la berline couleur "moka".

Entre folie douce, rage, désespoir, Justine en voit de toutes les couleurs. Mise à nu, négligée, effondrée, tournant le dos à son mari, son travail, sa famille, elle tient malgré tout le choc. Venger son fils devient son leitmotiv, entre les larmes, les vagues de souvenirs, l'incompréhension et l'impuissance, hélas.

J'ai particulièrement trouvé ce nouveau roman de Tatiana de Rosnay différent du reste, surtout dans son écriture : le style est plus syncopé, essouflé, rageur. Aussi, le texte s'agrémente pleinement de références à la culture anglaise, ce qui me semble de plus en plus logique pour la "franglaise" qu'est l'auteur. Et je continue d'être bluffée par sa capacité à tenir haut la barre de l'angoisse, du "suspense psychologique". Dans "Moka" j'ai retrouvé un peu de la patte du "Voisin" (autre roman de l'auteur), surtout dans l'aspect d'aller jusqu'au bout, de braver l'interdit, de bafouer l'inconscience. Sauf que je regrette un peu la fin, moins percutante qu'à l'accoutumée. Moins ouverte, sans aucune ambivalence, ce qui pourtant est un point fort de l'auteur ! On achève quand même ce roman avec satisfaction : on crève la bulle, la tension est enfuie. 250 pages à perdre haleine, lues en apnée. C'est décidément un bon cru, ce "Moka" !

A paraître début Janvier 2006 !  (Merci pour la primeur ! *love*love*)