19 juillet 2006
Vague à l'âme
Avis de ralentissement (toujours) sur ce blog !
Les vacances se poursuivent... je profite des derniers instants d'air salin et de bullage tranquille ... un peu loin de mon blog, je l'avoue. Pourtant je n'ai pas chômé ! J'ai bien lu, beaucoup lu et savouré quelques bonnes pages où j'ai glissé brins d'herbe, grains de sable, auréoles de gouttes de pluie, pétales de fleurs etc.
J'ai donc pris mes Quartiers d'été et je vous y invite à découvrir mes lectures... en attendant le retour au bercail !
Equinoxe - Arnauld Pontier ** Un heureux événement - Eliette Abécassis ** Les oiseaux du ciel - Alice Thomas Ellis ** L'affaire Lolita - Penelope Fitzgerald ** Celui qui court derrière l'oiseau - Marie Nimier ** L'été à Dresde - Philippe Vilain ** Enterrement de vie de garçon - Christian Authier ** Les liens défaits - Christian Authier ** L'homme aux cercles bleus - Fred Vargas ** L'homme à l'envers - Fred Vargas **
A très vite, pour de prochaines aventures de lectures ... en attendant la Rentrée !
08:00 Publié dans Aloha | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
18 juillet 2006
Le bateau du soir - Vonne van der Meer
"Le bateau du soir" est donc la suite du premier roman de Vonne van der Meer intitulé "La maison dans les dunes". Il peut être lu à part, mais il est cependant recommandé de connaître le tout début des aventures, sachant en plus que dans ce deuxième livre on retrouve quelques-uns des acteurs de La Maison dans les dunes ! Cela concerne surtout les premiers locataires, avec le mari de la femme qui était très malade et finissait la saison de la location de la maison de Vlieland dans le premier volet. On devine à la solitude de cet homme complètement égaré que son épouse est décédée et qu'il revient dans cette maison comme un pélerinage pour rendre hommage au souvenir de la défunte.
L'autre personnage récurrent s'appelle Martine. Elle était venue l'an passé avec une fille de vingt ans qui attendait un enfant. Cette année, elle est revenue avec sa mère et attend l'arrivée de son nouveau fiancé, un juif dont les grand-parents ne sont jamais revenus des camps. C'est ainsi que le passé de la mère de Martine va ressurgir et menacer le bonheur naissant de sa fille. Et c'est alors que la malice de l'auteur vient presque tout plomber dans le chapitre suivant !... Là, je dis : très bon démarrage, je me régale !
La suite du roman est tout aussi intéressante et met en scène des vacanciers qui importent dans cette maison dans les dunes des soucis, des amertumes, des angoisses : des parents confrontés aux secrets de leurs enfants, des hommes en quête d'un nouveau souffle de séduction pour se rassurer, des soeurs face à la révélation de leur création... Et il y a toujours la femme de ménage, ombre de plus en plus présente, qui grapille les petites traces de ces locataires, s'empare des vestiges de ces gens de passage.
"Le bateau du soir" est un roman poétique, enivrant, idéal pour les vacances, pour le soleil et la plénitude. Il emporte le lecteur vers cette contrée insulaire, à l'ombre des parasols, caché dans les dunes... c'est une nouvelle réussite, un roman de plage, de transat et du soir. Très reposant !
11:34 Publié dans Roman étranger | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
16 juillet 2006
Un week-end en Bédés !
J'ai dévoré ce tome 2 et je n'ai pas failli à la règle : j'ai alterné les rires et les larmes ! Comme c'est triste ! Le combat ordinaire touche les uns et les autres du petit monde de Larcenet : Marco, son père, son frère Georges et même l'équipe de l'atelier 22 du chantier naval. Marco veut rendre hommage à ces hommes, il souhaite aussi éclairer les beaux moments de son enfance, dont la nostalgie le berce mais avec douleur. Marco est déprimé, mélancolique. Sa fidèle compagne essaie de l'aider, mais elle veut un enfant. Marco n'est pas prêt et le couple a du mal à gérer ce challenge... qui s'ajoute à une longue liste de déboires qui concerne leur entourage et les gens qu'ils aiment. Dans ce tome 2, pétri de sensibilité et de justesse, Manu Larcenet évoque avec plus de pugnacité la politique et le drame intime des "petites gens". La filiation est évoquée, avec ses bonheurs, ses doutes, ses angoisses et son poids difficile à transmettre. Heureusement pour le lecteur admiratif, il y a les bonnes séquences pour donner le sourire : la petite Chahida (trop mignonne) et l'expression de bonheur des personnages qui lèvent leurs bras vers le ciel. Extase sans pareil !!!!!
Honnêtement je pensais que ce tome 3 allait clore la série, mais j'ai terminé le tome 3 en m'étranglant ... non, pas possible ! Comment l'auteur ose-t-il nous laisser en plan ?!!?! Car le tome 3 est le prolongement du deuxième, une exploitation plus poussée des états d'âme, des ravages causés par la perte et la solitude. Il y a la maman de Marco ou même Bastounet, deux personnages de second plan mais qui symbolisent beaucoup plus. Georges aussi part en vrilles, délaissant sa compagne et leur adorable petite fille, Chahida. Alors, comment Marco pourra-t-il remonter la pente de plus en plus glissante ? Il tente de se ressaisir en cliquant comme un frénétique sur son appareil photo, souhaitant que le truc en plus en sorte. L'homme est à un tournant de sa vie, désireux de montrer à la société la placidité des modestes gens, ou d'immortaliser le souvenir de son père. C'est très dur de lutter contre les souvenirs. Il faut les prendre, les accepter ou les jeter... mais surtout il faut apprendre à vivre avec. Et puis, vient également le temps du pardon. Pour Marco, en plus du choix de devenir père, c'est un pas de géant à accomplir ! ...
Bonne bouffée d'air frais avec le début des aventures de Manu et Mariette qui quittent leur appartement de banlieue parisienne pour emménager à la campagne. Dépaysement assuré et incertain... car Manu et le chat Speed semblent avoir pas mal d'angoisse avec ce brusque tournant à 90° !... Le calme, le silence, les voisins, le langage du coin, la chasse, l'eau-de-vie fait maison, l'hiver, les cartons etc... Manu dessine et croque à merveille les clichés cocasses de cette grande décision de se mettre au vert ! C'est très drôle ! Personnellement, je me marre de bout en bout... tiens donc, Mariette veut un bébé ! Vite, le tome 2 !
Bilan d'une première année réussie de la vie à la campagne : Manu et Mariette sont fiers d'eux et débordent de nouveaux projets. Pourquoi ne pas faire un bébé ? Pourquoi ne pas avoir un potager ? ! De grandes décisions sont à prendre. Manu et Mariette les donnent en pâture et le lecteur s'en délecte. On retrouve avec béatitude le petit monde des Ravenelles, Monsieur Henri, le maire, l'ermite et les chasseurs... La vie à la campagne continue de chambouler les idées préconçues de Manu le citadin. C'est toujours drôle ! Et le chat Speed reste une énigme, comment s'alimente-t-il ? comment survit-il à son déracinement ?.. Non décidément, le retour aux sources n'est pas une assurance à la sérénité (ça dépend pour qui !)... A LIRE !!!
India Dreams est l'histoire d'une épopée passionnante autour d'une intrigue familiale : fin des années 20, Amelia Harryson arrive dans les colonies Indiennes rejoindre son Capitaine d'époux. Elle est accompagnée de leur petite fille, Emy. Amelia va vite être confontré à un choc des cultures plutôt féroce, car les Indes offrent une chatoyante vitrine à la sensualité, la misère et la mort. En plus d'une poisseuse chaleur et d'une atmosphère moite, l'anglaise trouvera du réconfort dans l'arrière-pays, en attendant la mousson. Ce tome 1 s'ouvre en Angleterre, à Londres. Emy Gilmore doit se protéger des bombardements ennemis, nous sommes en 1945. Elle reçoit d'étranges visites et un paquet du journal intime écrit par sa mère. Ces évènements la ramènent donc à un passé qu'elle pensait avoir oublié et dont elle avait été brusquement coupée vingt années plus tôt. En quittant les Indes, l'enfant a aussi perdu sa mère qui a été associée à un terrible drame au sein de la communauté de Khalapour. Une histoire passionnante va s'ouvrir, une quête vers le passé pour découvrir une vérité et des secrets peu à peu mis à jour... India Dreams est le début d'une saga flamboyante, d'une histoire d'amour palpitante sur le décor des dernières splendeurs coloniales des années 20. Maryse et JF Charles partagent avec le lecteur une adoration absolue pour cette contrée féérique et le charme opère : totalement envoûtant ! ! !
La recherche dans le passé pour découvrir le mystère de la disparition d'Amelia Harryson continue... Emy Gilmore a rejoint les traces de son enfance, aidée du journal intime de sa mère et de son compagnon de jeux, Jarawal, le fils de Dharma Singh, le dernier maharadjah de Khalapour. Ils tentent de retrouver Monsieur Lowther, le confident d'Amelia. Mais des ennemis sont également à leurs trousses, leurs chemins semés d'embûches et la quête de la vérité n'aura jamais semblé si lointaine et confuse... Sur fond d'empire colonial, d'intrigues politiques, d'histoires d'amour et de drames déguisés en assassinats, le deuxième tome de India Dreams est la chatoyante suite d'une série romantique mêlée à une trame historique véridique. Tout comme le premier épisode, ce tome 2 est un régal pour les yeux, en plus d'un scénario fort et exaltant. Vivement la suite !
Ont dont été cités :
Le Combat ordinaire, tome 2 & 3 de Manu Larcenet
Le retour à la terre, tome 1 & 2 de Manu Larcenet & Jean Yves Ferri
India Dreams, tome 1 & 2 de Maryse et JF Charles
17:45 Publié dans Bédé - Manga | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
13 juillet 2006
Mademoiselle Coeur Solitaire - Sébastien Ortiz
Vous prenez le film d'Alfred Hitchcock, « Fenêtre sur cour », avec James Stewart et Grace Kelly, une histoire de voyeurisme au sein d'une cour dans Greenwich Village, des voisins s'épient mais ne communiquent pas entre eux... une femme va disparaître, un crime sera commis etc. Le cinéaste avait décidé de se servir d'un photographe à la jambe plâtrée pour être spectateur de ces drames. Et puis, surgit de nulle part ce petit livre de Sébastien Ortiz, parisien d'une trentaine d'années, qui écrit avec « Mademoiselle Coeur Solitaire » son deuxième roman : « Or, parmi toutes les existences dont le film nous amène à percer l'intimité, l'une a toujours occupé à mes yeux une place singulière et m'a touché plus que les autres. Il s'agit de la pauvre Mademoiselle Coeur Solitaire (« Miss Lonely Hearts »), qui compense par le rêve la vie qui lui a été refusée. Sa lutte magnifique et désespérée pour briser son absolue solitude m'a tant ému que j'aurais souhaité passer avec elle, dans le microcosme du film, bien davantage que les sept minutes du minuscule destin que Hitchcock nous donne à voir. »
Le narrateur de l'histoire est donc un mystérieux anonyme qui séjourne dans l'appartement désaffecté dont les fenêtres sont barricadées avec des planches, le quatrième côté aveugle de la cour, le côté aveugle qui regarde. « Je suis le voyeur, je suis l'imaginant, je suis le spectateur et l'oeil compatissant. Je suis celui qui te voit. Tu ne le sais pas mais je te vois. Tu ne me vois pas mais moi, je te vois. » Cet anonyme observe celle qui incarne la vieille fille solitaire dans le film, celle dont l'existence est réglée comme du papier à musique, mais creuse et ennuyeuse. Miss Lonely Hearts souffre également d'une maladie appelée « Manless Melancholia », la mélancolie d'être sans homme. Et ainsi, cet observateur, un brin amoureux, observe sa douce qui rêve, souffre et décide de sortir le grand jeu pour séduire un homme. Il est derrière ses barricades et écrit la vie de cette femme. Ses observations sont pointilleuses, il semble se glisser dans la peau de sa voisine d'en face, il est dans son corps, sa tête et son coeur. Il ressent son vide et ses souffrances. Il pense à son avenir et rêve à son passé. Il comprend ses meurtrissures, évoque une blessure secrète. Bref, il est clairvoyant en plus d'être voyeur ! C'est honnêtement une lecture ingénieuse et qui donne l'envie de se repasser le film et de zoomer sur Judith Evelyn, l'actrice qui a donné ses traits à Miss Lonely Hearts. Et l'auteur a un talent incroyable pour cerner la psyché féminine, décrire le manque, le vide et la mélancolie amoureuse. Il cerne la solitude, il a les mots pour décrire les tourments de cette femme, il nous la rend attachante et sympathique. Il a réussi à communiquer les sentiments que lui inspirait ce personnage, le lecteur éprouve les mêmes. Ce roman nourri de fantasmes refait le film et Hitchcock lui-même n'aurait pas boudé cette audace; en ce qui me concerne c'est désormais mon coup de coeur à moi !
13:09 Publié dans Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
10 juillet 2006
La trilogie du Jardin d'Hiver - Alice Thomas Ellis
Les habits neufs de Margaret - Premier tome d'une trilogie truculente, "Les habits neufs de Margaret" raconte l'épuisante préparation du mariage de ladite Margaret avec Syl, le fils de Mme Monro, une vieille voisine acariâtre. Syl a le double de l'âge de la jeune fille, qui n'a pas choisi de se marier, "c'était plutôt Syl qui avait choisi de m'épouser parce qu'il était temps pour lui de se marier". Leur future alliance est incongrue. Même aux yeux de Margaret qui refuse de plus en plus d'accorder son destin à celui de Syl. Elle ne l'aime pas, elle lui dit. Pourtant elle bloque à tout avouer à sa mère, excitée par l'approche du Grand Jour. L'arrivée de Lili, une ancienne amie de Monica (la mère de Margaret) du temps de sa vie en Egypte, peut bouleverser l'existence de chacun. Lili est vive, exubérante, mariée à Robert (artiste peintre) et sans enfant, également butineuse et volage. Sa venue soulage, agace, exarcerbe des désirs. Lili fume et boit. Elle parle beaucoup. Elle ne s'embarrasse de rien, mais cerne la transparente Margaret et met son grain de sel dans les petites affaires familiales. Dans ce premier volume, on suit donc le monologue de Margaret qui vit avec passivité les quelques semaines qui la séparent de ses noces. Margaret est indolente, muette, fade et sans saveur. Autour d'elle, les figures féminines sont plus éclatantes et l'écrasent. Margaret l'avoue, elle se sent "aride et incapable de désir".
Les ivresses de Mme Monro - "Les ivresses de Mme Monro" est donc le deuxième volume de la trilogie du Jardin d'hiver d'Alice Thomas Ellis. Mme Monro est la vieille voisine de Monica et Margaret, et la mère de Syl qui doit épouser la jeune fille. Elle est âgée de plus de 80 ans, elle est veuve et n'a plus que son vieux chien teigneux pour lui tenir compagnie. Mais la solitude ne lui pèse pas, ni son veuvage. Au contraire, Mme Monro révèle très vite quelle libération cela a été quand son mari est mort. Elle n'a pas fait un mariage d'amour, loin de là. Cela ressemblait plus à de la convenance, pour les deux parties. A quelques semaines du mariage, Mme Monro reçoit la visite de Lili, toute en flamboyance et fausse innocence. Un incident survenu par le passé relie les deux femmes, qu'il n'est pas décent de rappeler. La vieille Mme Monro hésite à lui en vouloir, à oublier, à en parler etc. Car Lili et elle vont finalement se côtoyer à un rythme soutenu, souvent arrosé par le scotch et agrémenté de révélations déstabilisantes.
Les égarements de Lili - Ce troisième livre du cycle du Jardin d'hiver d'Alice Thomas Ellis est donc le monologue de Lili l'Egyptienne, Lili la voluptueuse dont les bravades attirent le scandale. En débarquant à Croydon chez Monica pour le mariage de Margaret avec Syl, Lili n'imaginait pas dans quels tourbillons elle allait se jeter. Son histoire la rend totalement différente du personnage qu'on imaginait dans les deux premiers tomes, et sa véritable figure révèle une femme plus sensée, attachante et dévouée. Dans cette communauté anglaise où elle s'installe pour quelques semaines, Lili va vite laisser son empreinte, en mettant son grain de sel, en faisant tourner les têtes, en donnant de son corps et en faisant des promesses... Une flamboyance étourdissante, dans laquelle il ne faut pas oublier Robert, son mari, un pion plus qu'important, finalement.
J'admire l'humour féroce des dames anglaises, comme c'est le cas avec Alice Thomas Ellis. Dès le premier chapitre, l'auteur fait la présentation d'un milieu oppressant, fermé et contraignant dans lequel les femmes étouffent et taisent leur moi profond. Margaret en est l'exemple. C'est elle la future épouse malgré elle, celle dont la personnalité est la plus terne et mystérieuse. C'est également une manière redoutable et fielleuse d'afficher la loi muette des mariages arrangés, incluant la bêtise, la mesquinerie et les relents de haine. En règle générale, Alice Thomas Ellis, comme ses consoeurs britanniques, épingle avec humour noir les us et coutumes du mariage, cette institution implacable, fausse et vouée à l'échec. C'est merveilleusement rendu : cruel, mordant, acide et décapant. Et cela se confirme avec le deuxième livre et le monologue de la vieille Mme Monro, mal mariée, peu épanouie et éternelle rancunière sur cet époux volage et ignoble. C'est aussi le constat fort amer du temps qui passe, du désarroi de la vieillesse (Mme Monro ne cesse de se plaindre qu'elle radote et pense trop au passé). Mais ce n'est jamais triste ou sinistre, bien au contraire ! Mme Monro a l'esprit vif de quelqu'un très en verve ! Lili également sera étourdissante et renversante par ses révélations. Elle évoquera aussi le temps qui passe et la frustration d'avoir quarante ans et d'accuser le coup face à la jeunesse qu'incarne Margaret.
En prenant le même décor de fond avec les personnages similaires, Alice Thomas Ellis réussit le coup de génie d'attiser la curiosité, de revisiter quelques scènes et d'intriguer le lecteur, aussitôt convié à reprendre le livre précédent pour feuilleter le livre à nouveau. L'intrigue s'étoffe, s'éclaire et s'enrichit. Les personnages prennent de l'ampleur, les zones d'ombre s'amenuisent ou grossissent (au choix). En trois livres, le lecteur a su finalement se construire une idée à chaque fois renouvellée des personnages, des événements et de certaines séquences. Ce principe n'est jamais répétitif mais éclaire définitivement. L'écrivain Alice Thomas Ellis était une femme de lettres au grand talent, dont la causticité n'avait pas de quoi pâlir si on la comparait à ces autres dames anglaises à la plume bien souvent acérée. Il faut vraiment la lire et la découvrir, c'est savoureux !
Paru chez L'olivier puis en poche chez Points - en tout il y en a pour approximativement 455 pages ! un régal !!!! Traduit par Agnès Desarthe
12:30 Publié dans Poches, Roman étranger | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
08 juillet 2006
La vie à deux - Dorothy Parker
« La vie à deux » est un recueil de 16 nouvelles d'une des plus grandes icônes des années folles. Toutes ces histoires mettent bien souvent en éclairage la bêtise humaine, qu'elle soit chez les classes bourgeoises et dans les liens sacrés du mariage. La vie à deux, selon Dorothy Parker, n'est finalement qu'un faux-semblant, un numéro de cirque à présenter à la face de la société, laquelle ne pourra jamais deviner ce qui se cache derrière le masque, quitte à ne pas comprendre pourquoi un couple tellement respectacle, comme les Weldon, décide de divorcer dans la première nouvelle, Quel dommage !
Dorothy Parker continue à nous régaler avec d'autres exemples, comme des jeunes mariés qui se chipotent pour une histoire de chapeau, ou des amants qui se quittent à cause de coups de fil trop harcelants. Il n'y a pas de fin heureuse, pas de vie merveilleuse. Les femmes parfois noient leur désarroi dans l'alcool, les hommes sont des êtres infidèles et qui s'en lavent les mains. Honnêtement, du début à la fin, le ton est juste et fait merveille. Comme le souligne Benoite Groult dans la préface, il y a résolument un style Dorothy Parker : celui qui mouche, épingle et dénonce avec humour les imperfections de ses contemporains (même si ses histoires demeurent incroyablement actuelles !). Son art des dialogues est particulièrement une force, la répartie toujours de mise et l'ensemble démontre une jouissance innocente à lever le couvert sur les mesquineries, les perfidies et autres petitesses dont font preuve ses personnages – toute ressemblance avec des faits existants serait purement fortuite !
11:12 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
07 juillet 2006
Love Hina - Ken Akamatsu
Love Hina est donc l'histoire d'un jeune type (Keitaro) qui prépare pour la énième fois ses examens d'entrée pour la prestigieuse université de Tokyo. Il vient trouver refuge chez sa grand-mère qui tient une pension... pour jeunes filles ! La surprise est au rendez-vous et les malentendus pleuvent par averse. Keitaro est chassé, hué, tabassé et insulté, mais il s'accroche. De plus, il reçoit par sa grand-mère (partie faire le tour du monde) l'acte de propriété de la pension, le voilà soudainement promu gérant de l'endroit ! Le scandale est à son comble !
En fait, si Keitaro s'entête à entrer à l'université de Tokyo, c'est pour accomplir la promesse faite à son premier amour, à l'âge de cinq ans ! A la pension, il va un peu trouver du soutien scolaire auprès de Naru, également en lice pour se présenter aux examens d'entrée. Cependant, le chemin est rude : Keitaro est placé dans des situations burlesques et déplaçantes (voir les jeunes filles nues, leurs sous-vêtements qui pendent, toucher les parties intimes, etc.) et le jeune homme n'est vraiment pas à sa place, et confondu d'avoir brisé la confiance de la jeune collégienne, Shinobu. Bref, Love Hina est carrément plus déjanté, et accentue fort son histoire et ses scènes burlesques sur des points caricaturaux et des tendances implicites. Pourtant, rien de vulgaire et de tendencieux, l'humour est franchement de mise. Le personnage de Keitaro est affligeant, les jeunes filles qui pullulent dans la pension ont des physiques ravageurs, et des caractères bien trempés. Il y a, sur ce point, une forte propension à la satire, mais pas négligeable, et cela promet de biens beaux moments ! A suivre...
12:45 Publié dans Bédé - Manga | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
06 juillet 2006
Nana - Ai Yazawa
Nana est donc une histoire avec deux héroïnes qui portent ce prénom synonyme de bonheur. Sauf que cette fortune semble bien mal acquise pour l'une et l'autre. Dans la première, Nana est un coeur d'artichaud qui s'emballe à la vue d'un beau garçon, elle tombe systématiquement amoureuse. Mais Nana a le coeur brisé : son amant, qu'elle pense marié, vient de la quitter pour vivre à Tokyo. Elle a, de plus, la conviction d'avoir été trompée sur toute la ligne. Actuellement, elle a du mal à redonner sa confiance à un chic type, comme Shôji, un ancien camarade de sa meilleure amie.
La deuxième histoire met en scène une Nana beaucoup plus sombre et mystérieuse, dont l'enfance saccagée a laissé des marques chez l'adolescente. Un soir, à un concert de rock, elle fait la connaissance du bassiste Ren avec lequel elle va vivre une belle histoire. Elle devient la chanteuse du groupe, puis Ren est appelé à partir à Tokyo pour une carrière professionnelle. Nana reste seule...
Ce tome 1 a su finalement me convaincre de m'empresser de lire la suite de la série. Les premières pages exigent une petite adaptation à cette frénésie "manga romantique pour filles", le caractère excessif et superficiel de la 1ère Nana pouvant exaspérer un lecteur non averti. Et puis, finalement, j'ai accroché, j'ai trouvé que c'était drôle, très expressif, et la Nana frivole a su me toucher et gagner définitivement ma sympathie. A découvrir, si ce n'est déjà fait.
12:35 Publié dans Bédé - Manga | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
05 juillet 2006
L'apprenti japonais - Frédéric Boilet
Frédéric Boilet est dessinateur et a reçu une bourse de manga en 1993 qui l'a amené à s'installer au Japon. Ce livre de "L'apprenti japonais" est donc son journal fait de notes, lettres, articles, croquis et photos de son expérience de "dessinateur-reporter". Pour reprendre ses propres termes : "le Japon que j'essaie de connaître est un Japon du détail, du jour le jour, il est donc difficilement racontable, sinon au moyen d'une narration ou d'un reportage". Résultat : il n'a pas fait le Japon, celui des geishas, des samouraïs, du temple d'or de Kyôto, du Mont Fuji. Il a simplement tenté de se fondre dans la culture du pays, d'être un "apprenti japonais", quelque part entre le déjà plus Français et le jamais Japonais.
Son reportage sur son apprentissage est simplement vrai, captivant, intéressant et enrichissant. On visite un Tokyo véritable et sans tricherie. Un des points qui m'a le plus fascinée : l'honnêteté du Japonais. Aucun vol dans le métro, lequel est propre comme un sou neuf, où on peut égarer son appareil photo et le retrouver aux objets perdus dès le lendemain, où on peut aussi s'endormir sur un banc dans un parc, avec son sac et son porte-monnaie bien fournis et ne jamais risquer d'être volé !... ça laisse rêveur !
En 1993, donc, premier voyage au Japon (Frédéric B. va finalement s'y installer pour plus de dix ans, il y vit encore actuellement), Frédéric rencontre Kaoru, qui servira très vite d'exemple au personnage féminin de "Tokyo est mon jardin" (car à cette époque F. y travaille avec son scénariste Benoît Peeters). Frédéric parle de son attirance pour les femmes japonaises, évoque celles-ci en termes dévots, amoureux et inconditionnels. Il fait aussi référence à la jeunesse japonaise, des Astronénettes, du manga, de la danse machinale, des minijupes, des sacs Vuitton, du téléphone portable, etc. En dernière partie, il a inclus ses dessins parus dans le grand quotidien Asahi Shimbun (édition nationale), surtout concernant la guerre en Irak (2003). Enfin bref, c'est un très beau voyage, un guide intelligent sur la culture nippone loin des clichés, une incursion passionnante dans l'apprentissage d'un français au pays du Sol
eil Levant. Et pour couronner le tout, Frédéric Boilet est un personnage drôle et spirituel dont les chroniques ne manquent pas de faire sourire le lecteur ! A lire avec avidité !!!
12:42 Publié dans Bédé - Manga, Journal - Essai | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
04 juillet 2006
Laurence - Lucie Durbiano
Laurence est blonde, douce, romantique et malheureuse. L'absence de Bougnette lui pèse. A bord d'un vaisseau spatial, en compagnie de son capitaine, d'Arturo, de Riri et de Clamydia, Laurence traîne son spleen. L'équipage est sur le chemin du retour quand leur vaisseau est victime d'un champ magnétique qui condamne tous les appareils de contrôle. Laurence est terrorisée, elle ne veut pas mourir dans l'espace. Et puis elle s'endort, elle est fatiguée, elle sent une présence à ses côtés, elle reçoit un insigne floral sous sa poitrine, elle perd connaissance... Une planète est en vue, habitée par des créatures fantomatiques qui ont placé la survie de leur espèce entre les mains de Laurence. Ils l'enlèvent.
Après avoir lu l'excellent et tout récent « Orage et désespoir », j'espérais me laisser une nouvelle fois enchanter par l'univers de Lucie Durbiano. Son trait caractéristique repose sur la candeur de ses dessins et la personnalité romantique, dévouée et indolente de ses personnages féminins. Laurence en est une représentation équivoque. Le scénario de l'album est quelque peu simpliste et gentillet, une histoire sympathique de science-fiction, qui reprend à ce thème les clichés du vaisseau spatial, des créatures extraterrestres et de la survie de la planète. On est loin du coup de tonnerre ! C'est mignon, assez drôle grâce aux personnages secondaires. Le dessin fait un peu penser à un travail scolaire, Lucie Durbiano ne s'embarrasse pas des détails ni de la couleur. Si cet album peut de prime abord déconcerter ou décevoir, il se révèle par la suite piquant et très attachant.
Les Requins Marteaux
14:40 Publié dans Bédé - Manga | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note