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17 mai 2006

Auprès de moi toujours - Kazuo Ishiguro

 

Je ne reviens pas sur l'histoire du roman qui, comme beaucoup le souligne, doit garder son aura de mystère pour préserver son intérêt. La quatrième de couverture est elle-même judicieusement rédigée : ni peu, ni trop. Le bon dosage ! Donc, de manière plus poussée, j'ai du mal à m'avouer complètement séduite par ce nouveau livre de Kazuo Ishiguro. J'adore cet auteur, je suis admirative de son style et surtout de sa maîtrise à mener son sujet, à ne pas sortir des sentiers battus, à diriger son lecteur en le bichonnant vers une volonté de connaître et tourner la page suivante. C'est du grand art, un grand classicisme déjà prouvé dans ses précédents ouvrages, bref un orfèvre romanesque ! Et "Auprès de moi toujours" est du même acabit : rien à redire.

En fait, j'ai plus été embêtée par le fond du problème, le fond caché de cette histoire. Le pourquoi de ces trois personnages, Kathy, Ruth et Tommy, et leurs années passées dans un centre appelé Hailsham. Au fur et à mesure qu'on en découvre davantage, d'abord on se pose de plus en plus de questions, et lorsque la fin apporte toutes les réponses, j'étais décontenancée, un peu au bord du malaise. Le sujet dont traite Ishiguro ici est très délicat et sensible. Il me rappelle un roman de Philippe Claudel ("J'abandonne"). Donc, à la fois perplexe et émue, j'ai basculé d'un instant à l'autre dans de troublants sentiments. Je ne reproche rien au roman en lui-même, il est excellent. La traduction est assez bonne, à part le titre ("Never let me go" est ici traduit en "Auprès de moi toujours") qui laisse penser à une bluette faussement sentimentale. La portée du roman bouleversera tout lecteur, du moins moi je ne suis pas restée insensible.

Je conseillerai à tout ceux qui aimeraient découvrir ce roman de ne pas chercher à trop connaître son contenu avant de l'ouvrir et donc d'aborder la lecture de manière très neutre. Puis, de mettre en peu de côté les critiques dithyrambiques pêchées dans la presse, le présentant audacieusement comme "un chef d'oeuvre". L'attente au tournant risque de faire mal ! A lire ! !

Editions des 2 Terres, 440 pages.

Trackbacks

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Commentaires

Journaliste au Figaro Madame, je prépare un dossier sur les femmes et la lecture. J'aurais bien aimé en parler avec vous.
Où puis-je vous joindre? Auriez-vous un moment à m'accorder d'ici la fin de la semaine pour une interview téléphonique?
Cordialement,
Dalila Kerchouche
Madame Figaro
dkerchouche@free.fr

Ecrit par : Dalila Kerchouche | 17 mai 2006

j'ai été enchanté par le début, du suspense, des idées, une envie de savoir qui vous prend au corps... mais voilà, le suspens, c'est bien mais au bout d'un moment quant rien n'arrive, on finit par se demander si en fin de compte nous allons vraiment avoir une réponse. Conséquence sur moi, j'ai, au bout d'un moment, fermé le livre pour ne plus l'ouvrir, fin de l'histoire pour moi. On m'a pourtant conseillé par la suite de le finir car il valait vraiment le coup mais il m'est difficile de me replonger dans un livre qui m'ait tombé des mains, tanpis...

Ecrit par : Esther | 17 mai 2006

Je comprends tout à fait ! C'est vrai qu'on a parfois le sentiment de "patiner" et de ne pas toucher du concret avant un bon bout de temps. Mais d'un autre côté c'est justement ce perpétuel procédé d'insinuer et d'attendre car le plus palpitant arrive etc.. qui peut rebouter et lasser. Bref, abdiquer !.. C'est clair que c'est dommage d'avoir arrêter avant la fin, mais s'il t'est tombé des mains c'est évidemment irrécupérable ! :)

Ecrit par : clarabel | 17 mai 2006

"La traduction est assez bonne, à part le titre ("Never let me go" est ici traduit en "Auprès de moi toujours")"

L'as-tu lu en V.O. pour juger de la qualité de la traduction ?
Sinon comment, sans comparer avec le texte de référence, savoir ?
On a parfois des surprises et ce n'est pas toujours la faute du traducteur... Les éditeurs demandent parfois des choses qui me paraissent absurdes !
Un éditeur m'avait demandé de changer le titre d'un livre que j'ai traduit ! Je n'ai pas fait affaire avec lui, mais avec un autre, et je ne regrette pas.

Ecrit par : Holly G. | 18 mai 2006

J'ai lu quelques pages en VO pour avoir déjà un aperçu. J'ai eu en cadeau le livre en français. Mais j'ai lu d'autres romans de K. Ishiguro en anglais donc je connais assez bien son style, et je trouvais donc que la traduction présente était assez bien menée et correspondait au style de l'auteur. Traduction de Anne Rabinovitch.

Mais je persiste à trouver le titre français trop cruche ! Sans doute la traductrice n'y est strictement pour rien, je ne lui en veux pas. Si les éditeurs, par derrière, ont des exigences et des attentes "absurdes", à bas ces gens ! :)
C'est bien de le savoir, c'est bien aussi de préciser quand ça loupe ! ;)

Ecrit par : clarabel | 18 mai 2006

Je comprends mieux ton billet ! :-)
Le titre français est assez proche de l'original, par l'idée en tout cas. Et une traduction littérale eût moins bien sonnée en français. Ce n'est que mon opinion, bien sûr.

J'ai parfois du mal à cerner les intentions des éditeurs. ;-)

Bonne journée, Clarabel !

Ecrit par : Holly G. | 19 mai 2006

Pardon pour le participe passé fautif.
pfff.

Ecrit par : Holly G. | 19 mai 2006

Pas de soucis Holly ! :)

Ecrit par : clarabel | 20 mai 2006