06 février 2006
Hira Mandi - Claudine Le Tourneur d'Ison
"Hira Mandi" est un quartier de la ville de Lahore, au Pakistan. C'est aussi une version romancée de la vie du peintre Chanwaz qui a grandi entre les murs de cette cité, dite "Le Marché aux Diamants", là où les femmes dansent et chantent, parées de leurs plus beaux atours, pour attirer les hommes entre leurs bras, contre quelques roupies... La mère de Chanwaz fait partie de ces "courtisanes", l'une des plus grandes traditions familiales. Elle a vingt ans, elle est belle et attend bientôt son deuxième enfant, une fille. A son tour, Laila va devenir une "courtisane", dès l'âge de onze ans, lors d'une cérémonie de parade, dans sa robe rouge et l'anneau au nez, symbôle de sa virginité... Bref, Chanwaz grandit parmi des femmes, mais livré à lui-même. Il ne va pas à l'école, ne sait ni lire, ni écrire. Il traîne avec un camarade, touche à la drogue, tente d'aller hors de la ville, mais revient dans son quartier, son antre. Il végète, comme tant d'autres, sans argent. Puis c'est l'amour fou, pour Laila, sa soeur ! Une liaison charnelle, brûlante et envoûtante...
Et j'en passe, car bien des évènements vont suivre ! Ce roman "Hira Mandi" est une fresque haute en couleurs, intense et captivante. Elle trace également l'histoire politique du Pakistan, depuis la Partition de l'Inde en 1947. Le tout sur un fond romanesque, un peu à l'image des sagas de Régine Deforges. Claudine Le Tourneur d'Ison s'est attachée à la figure de Chanwaz dont les talents de peintre vont permettre d'afficher une autre vérité de son pays - "révéler la misère de son quartier et de ces femmes mises au ban de la société". Cet homme a poussé tout seul, sur ses ruines et ses souffrances. Son parcours est étonnant, même si je dois avouer avoir éprouvé quelque aversion pour certains détails (son amour pour sa soeur, notamment). En fait, j'ai justement apprécié la totale transparence du roman, comme de parler de la prostitution, qui était un sujet que je pensais inexistant dans un pays musulman. Les coutumes de ces femmes, revendiquées telles des règles ancestrales, ne me laissent pas indifférente, comme de préparer sa fille à la séduction dès son plus jeune âge et lui offrir une cérémonie à peine pubère ! Mais c'est intéressant, je me suis "enrichie" au cours de cette lecture que j'ai lu d'une traite. L'ambiance y est très chaude et sensuelle, quasi exigeante, exaltante mais cruelle aussi. Les sorts des uns et des autres sont poignants. Et plus que de connaître le peintre Chanwaz, j'ai plus considéré ce roman comme l'histoire des femmes du Pakistan, plus particulièrement celle des "courtisanes" du quartier de Hira Mandi. Appréciant beaucoup les romans "indiens", j'ai trouvé en celui-ci une touche différente et réaliste, tout en demeurant romanesque de bout en bout. Une manière distrayante d'apprendre un peu plus et de découvrir : un joli moment !
218 pages
15:56 Publié dans Rentrée Janvier 2006, Roman francophone | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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