14 décembre 2005
La reine des rêves - Chitra B. Divakaruni
La mère de Rakhi interprète l'avenir à travers les rêves, c'est en quelque sorte son métier. Mais cette activité a rendu celle-ci inaccessible et mystérieuse, auréolée de silences et de non-dits qui remontent jusqu'à son temps vécu en Inde, dans sa jeunesse. De son passé, elle n'en dit rien à sa fille qui, elle, meurt d'envie d'en savoir plus. Sa mère la fascine. Aujourd'hui installée en Californie, la famille de Rakhi fait figure d'étrangère au sein d'elle-même : chaque membre enfermé dans sa bulle, chacun taisant ses envies et ses secrets. Désormais, Rakhi est peintre, maman d'une petite Jona, divorcée du père, Sonny et s'occupe aussi de son salon de thé. Son équilibre est précaire, le soutien de sa mère toujours désespéré, et rendu encore plus fragile avec la disparition de celle-ci.
Ce joli roman de Chitra B. Divakaruni ne se passe pas en Inde, mais en Californie, parmi la communauté indienne où se côtoient deux générations. Comme dit la chanson : "Etre né quelque part, Laissez moi ce repère Ou je perds la mémoire". La mère de Rakhi a choisi d'effacer son passé, de se tourner vers l'avenir, mais sa fille a semblé en souffrir. Vers la fin du roman, les événements de septembre 2001 fouettent violemment les étrangers installés ou nés en Amérique. Les réflexions autour des actes racistes et xénophobes sont très éclairés et justes. Mais le roman en général n'est pas sombre, une lueur d'espoir l'égaie. Au démarrage de l'histoire, Rakhi est une personnalité ronchonne et capricieuse, qui a du mal à gérer sa vie ordinaire, entre sa séparation avec Sonny, l'éducation de sa fille, sa peinture et le salon de thé menacé par la concurrence. On comprend également que ses relations avec sa mère sont complexes. Toutefois, au fil des pages, les rapports vont évoluer, malgré les aléas. Rakhi va gagner en "sagesse", mais surtout se rendre compte "qu'on ne peut pas tout savoir", et qu'on ne gagne pas à en savoir trop. Au contact de son père, elle va enfin comprendre ses racines et sa mère (les passages sur la nourriture indienne, à travers les épices, le thé, et les plats typiques mettent franchement l'eau aux papilles) ! En bref, "La reine des rêves" est un très beau roman, très divertissant, sur la façon de vivre sa vie, avec ou sans racines, qu'on soit ici ou d'ailleurs, éternels déracinés... La note finale apporte, très honnêtement, du baume au coeur.
385 pages
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15:15 Publié dans Roman étranger | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
J'ai lu cette année un recueil de nouvelles "Ballades indiennes" dans lequel il y avait deux textes de Divakaruni. J'avais beaucoup aimé sa plume. Un autre livre à ajouter sur ma liste. :)
Ecrit par : Laurence | 14 décembre 2005
Tu donnes vraiment envie de découvrir ce livre, merci encore Clarabel!! et moi qui ne connais encore aucun auteur indien c'est l'occasion!!
Ecrit par : elfe | 14 décembre 2005
La littérature indienne est effectivement très riche et passionnante. Parmi les auteurs qui m'ont accrochée, Arundhati Roy "le dieu des petits riens" (seul roman à ce jour, dommage) / Anita Desai / Chitra B. Divakaruni.
J'espère, Elfe, que tu trouveras un livre qui te plaira également !!!
Ecrit par : clarabel | 15 décembre 2005
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