21 septembre 2005
Une vieille maîtresse & L'ensorcelée - Barbey d'Aurevilly
Publié en 1851, Une vieille maîtresse marque un tournant important dans l'œuvre de Barbey d'Aurevilly. Délaissant la psychologie de boudoir, il se tourne vers la peinture d'un coin de provence non sans quelques touches d'un réalisme balzacien auquel Théophile Gautier fut sensible ("Depuis la mort de Balzac, nous n'avons pas encore vu un livre de cette valeur et de cette force"). Pour la première fois, la Normandie fournit un cadre à la tragédie qui se joue entre une malagaise à la laideur envoûtante et son ancien amant. Leur liaison renouée va broyer la jeune et blonde épouse "au teint pétri de lait et de lumière". Cette œuvre est riche et complexe, et la technique romanesque préfigure celle de l'Ensorcelée.
Ayant lu ce livre il y a quelques temps déjà, je ne peux pas écrire une critique "fraîche et instantanée" - j'en ai un souvenir mémorable, d'une lecture captivante, à l'écriture impeccable, pour des scènes "assez chaudes" pour l'époque !.. Barbey a l'écriture ronde qui sied à merveille aux séquences de séduction, d'obsession et d'envoûtement qui caractérisent honnêtement ce roman !.. Epoustouflant, donc, de modernisme et à contre-courant de son époque. Sans doute le jugera-t-on "désuet" pour l'heure, mais qu'importe ! Cette lecture, conseillée par Katherine Pancol, auteur d'Un homme à distance, a laissé son empreinte chez moi !
"Ne savait-il pas que le mal qui vient de la personne aimée est une raison pour l'aimer davantage et que les grandes passions savent vivre de ce qui tuerait de médiocres sentiments..."
Disponible chez Folio, 540 pages.
Du même auteur : L'ensorcelée - dont je reprends le commentaire d'une amazonaute ...
L'abbé de la Croix-Jugan, après une tentative de suicide ratée qui laissera des traces indélébiles sur son visage, revient à Blanchelande, l'abbaye où il a suivi sa formation de prêtre. Ce retour va créer un véritable chambardement dans ce petit village paisible de Normandie et notamment dans la vie de Jeanne Le Hardouey, « ensorcelée » par ce prêtre monstrueux.
Jules Barbey d'Aurevilly prend son temps pour commencer à raconter cette histoire. Il ménage beaucoup ses effets. Pendant les 40 premières pages, il plante minutieusement le décor, crée une atmosphère qui prépare le lecteur à entrer finalement dans l'intrigue.
Et quelle intrigue ! L'auteur nous propose un cocktail détonant et efficace historico-mystico-fantastico-romanesque. Historique, avec en toile de fond, les événements de la chouannerie, tous frais encore dans les esprits à l'époque du récit. Mystique, avec la résurgence de l'Eglise à la suite de cette période troublée. Fantastique, avec les superstitions, de mystérieux bergers jeteurs de sorts, « l'ensorcellement » de Jeanne, des morts inexpliqués... Tout cela dans un décor savamment choisi qui entraîne le lecteur au fil des pages.
Barbey d'Aurevilly laisse des zones d'ombre qui permette au lecteur de laisser libre cours à son imagination. Ainsi, l'intrigue se prolonge au-delà de la lecture en nous laissant à nos suppositions, nos doutes vis-à-vis de ce récit.
« L'Ensorcelée » fait partie de ce genre d'histoires qu'on se raconte au coin d'un feu pour se donner quelques frissons pendant les longues soirées d'hiver ou durant les veillées estivales. En un mot : savoureux.
16:40 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
merci !
tiens, une info au sujet d'une vieille maîtresse : catherine breillat va adapter ce roman au cinéma avec louis garrel et asia argento dans le rôle titre.
ça me laisse dubitative... parce que l'actrice est plutôt une jolie fille, alors que la maîtresse du roman n'est pas fondamentalement une beauté pure et dure !..
et j'ai en souvenir la pénélope cruz dans la peau d'italia qui était pourtant décrite comme une fille assez laide, maigrichonne et avec des cheveux jaunes ...
mouaip.
Écrit par : Clarabel | 26 septembre 2005
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