28 août 2005
La pluie ne change rien au désir - Véronique Olmi
Un 18 août, à Paris, vide et abandonné, près à succomber à un orage, un homme et une femme se rencontrent, se retrouvent, se sont donnés rendez-vous. Cette femme est très pâle, trop maigre, "elle était lisse et fine comme une esquisse, une femme pas assez dessinée la chair pas assez pleine", et lui a les yeux bleus, la mèche de cheveux qui lui barre le front, il la suit dans le Luxembourg puis à son invite à l'hôtel. Très vite entre eux deux le langage des corps va s'ouvrir, plus loin que tous les mots pour expliquer le silence, la souffrance et l'attente. Le corps devance le désir, l'un et l'autre se donnent, c'est un libre échange, ils ne sont pas deux, ils sont ensemble. L'homme doit apprendre la douceur et la brusquerie, la femme s'offre et se donne sans compter, mais reçoit autant de plaisir que de douleur. C'est très limite cette frontière entre le plaisir et la souffrance ! Car chez cette femme il y a une plaie encore trop ouverte, pourra-t-elle s'en confier à lui ? Elle paraît lui accorder sa confiance, en lui offrant son corps. De quoi donc a-t-elle été flouée, au même titre que ses rondeurs féminines ? Cette femme est brisée et l'homme doit toujours se méfier, freiner pour respecter "cette effroyable limite entre le don et la méfiance, entre la licence et la précaution".
Débarquée de chez Actes Sud, Véronique Olmi publie chez Grasset un nouveau roman proche de l'érotisme. "La pluie ne change rien au désir" est très charnel et sensuel. Chez le lecteur habituel, la même espérance n'est plus. L'auteur bouleversant de "Bord de mer" s'aventure vers un territoire différent, mais également proche d'elle. Dans ce nouveau roman, il y a la figure de l'héroïne fragilisée et cassée, un passé obsédant et secret, et surtout un
e suavité dans les rapport homme-femme très, très licencieux ! Véronique Olmi ne s'attache à rien, finalement. Elle raconte son histoire, prenez une femme qui n'a rien d'une femme, sinon une attente de sexe très forte et encore présente, une aspiration au plaisir et au désir incomparable. Donc cette femme vit encore sous les coups de cet homme, elle vit aussi en lui donnant tout autant qu'elle reçoit ! C'est très honnêtement parfois gênant, dérangeant, c'est un nouveau roman différent des autres, donc cela explique un peu la délicatesse de s'y adapter à nouveau, de s'y habituer un tantinet. Parfois j'ai aimé, parfois moins. J'apprécie la dramaturge, je n'idolâtre pas l'apprentie romancière érotique. C'est confus, le style est haché et pêle-mêle, c'est encombrant, mais langoureux et sensible, bref c'est confondant. J'hésite ...
Grasset, 156 pages
Extrait :
" Elle n'avait envie que de son sexe dans le sien, rien d'autre que cet acte nu, cette vérité première, elle écarta les jambes, elle était vierge de lui innocente de lui, il vint en elle et elle sentit le bout si rond si doux de sa queue pénétrer s'emboîter se loger dans son ventre et vouloir cet abri, fouiller cet idéal se bercer lentement d'abord dans la prudence la retenue, doucement d'abord dans son sexe gonflé bordé d'eau et de sang, doucement dans l'insupportable tension et tous les possibles inexplorés les promesses de l'ivresse et de l'accord, elle sentit la vigueur la souplesse et la dureté de sa queue, un bouleversement une érection un don d'érection, il bougeait plus vite maintenant cherchant le soulagement le redoutant cherchant la jouissance la différant chavirant dans son ventre se maîtrisant mais basculant plus vite déjà d'avant en arrière la course retenue le contrôle éperdu au rythme de la femme s'unir, elle gémissait du fond de sa gorge l'effort pour ne pas hurler, mais accepter, accepter d'être à la merci d'un homme, prise, tenue, envahie par un homme, accepter ouvrir ses cuisses lâcher ses râles hurler supplier plier se soumettre dériver, et il bougeait plus fort en elle mais pas plus vite pas affolé encore pas emballé encore, elle ouvrit les yeux (...) "
11:05 Publié dans Erotisme | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
Commentaires
Apparemment çà ne ressemble pas du tout aux autres livres de Véronique Olmi, mais çà me donne envie de le lire.... enfin.. dès qu'il sera paru....(le 31 août...)
Écrit par : Cathe | 02 août 2005
De Véronique Olmi, je viens de lire "Bord de mer" et j'en suis encore toute retournée, j'ai beau essayer de penser à autre chose, mais cette histoire oppressante est envahissante par le malaise qu'elle me laisse au fond de la gorge. Un petit livre qui a du poids.
Écrit par : Florence | 08 mai 2006
"Bord de mer" est TRAUMATISANT !!!!!!!!!!! Foi de toutes lectrices passées par là ! :S
Écrit par : clarabel | 09 mai 2006
Après Bord de mer, Numéro six est tout aussi remarquable, la solitude d’une enfant débordant d’amour pour son père est abordée avec beaucoup de sensibilité. Des phrases courtes, simples, mais qui sont lourdes d’émotions.
J'aime beaucoup cet écrivain. ;-D
Écrit par : Florence | 10 juin 2006
Maintenant il faut que je lise celui que tu proposes.
J'espère qu'il me plaira autant que Bord de mer et Numéro six. ;-)
Écrit par : Florence | 15 juin 2006
Ce roman-ci est pas mal, mais différent des premiers. Sur Véronique Olmi, j'avais aussi lu son recueil de nouvelles "privé" mais je n'avais pas été fort emballée. Encore moins pour sa ré-adaptation de "la petite fille aux allumettes" ! :( :( :(
Brigitte Giraud, tu as essayé aussi ??? Je te la conseille également !
Écrit par : clarabel | 16 juin 2006
Non je ne connais pas Brigitte Giraud, merci du conseil, je vais voir si je trouve un de ses romans disponible à la bibliothèque. ;-)
Écrit par : Florence | 16 juin 2006
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