30 juin 2005

Les yeux - Edith Wharton

"Nous étions d'humeur à parler fantômes, ce soir-là, après un excellent dîner offert par notre vieil ami Culwin et le conte de Fred Murchard - le récit d'une étrange visitation personnelle."

Ainsi commence la nouvelle "Les yeux" dans laquel on s'embarque littéralement ! Histoire de fantôme, comme savent savamment en combiner les anglo-saxons, un cocktail pétillant d'histoire courte avec des esprits mystiques, des apparitions nocturnes et une ambiance glaciale ! Edith Warthon, excellente élève, livre un exercice quasi parfait ! Son narrateur raconte l'histoire vécue de ce Culwin, l'hôte de cette soirée étrange, au coin du feu, entre cigares et eau gazeuse, autour d'une petite assemblée de "jeunes gens". Par le passé, dans ces jeunes années, Culwin a été l'objet d'apparitions d'yeux, des yeux horribles, terrifiants, à l'expression de "sécurité vicieuse" - "Je ne sais comment l'expliquer : ils semblaient appartenir à un homme ayant commis bien du mal dans sa vie mais qui n'aurait jamais franchi la ligne jaune. Ce n'étaient pas les yeux d'un lâche, mais d'un être beaucoup trop intelligent pour prendre des risques".

Ces yeux apparaissent dans la nuit, l'observent, le narguent et semblent se moquer de lui, du moins ses yeux le hantent et l'obsèdent. Dans quelles circonstances ? Par deux fois, Culwin expose les faits. Ceci pourrait expliquer davantage au lecteur, qui ne peut se contenter des propos évasifs de Culwin. Ce dernier ne semble jamais avoir pris la peine de s'interroger, de comprendre la signification de ces yeux.
Pour le lecteur, en fin de lecture de cette courte nouvelle, on devine aisément quelle sentence dissimulait l'apparition. Toutefois il faut remercier Edith Wharton d'avoir su mettre son récit en point de suspensions, de placer son histoire entre guillemets, dans son principe de tourner autour du pot, de laisser entendre, deviner et non pas mettre les cartes sur table. L'auteur n'hésite pas à dévoiler toutes ses pièces, de manière affûtée. Elle sait également nous placer dans le décor, dans ce salon, la nuit, et l'apparition des yeux est inquiétante et lugubre. Le procédé est efficace, on s'y croit, on tremble et on n'éteind pas la lumière de sa chambre pour s'endormir avant des lustres !

Mille et une nuits, 45 pages

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